‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 2)Chapitre 58 sur 203 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

ALPHONSE, LEOCADIE.

ALPHONSE

L'Impatiente soif de ma fleure appaisee, Glorieux possesseur d'vne victoire aysee oo Plus que ne presumoit ma flame , butinant

Geste virginité capable du Tonnant:

Geste virginité que de crainte pasmee

58 La belle a mon auis ne croit pas entamée, Ou que feinte agréable elle veut ignorer Qu'à l'effort insensible elle veut référer:

61 Mon désir tant y à satisfait mettra peine Que son seiour icy de scandale n'ameine, Seulette la dedans recluse auec ses pleurs

64 Qui ne guérissent plus de pareilles douleurs, le sors pour consulter ma brigade fidelle Sur ce que maintenant nous deuons faire d'elle

67 Ghunge d'opinion, reseme plus discret [127]

Les faneurs à toy seul d'vn amoureux secret, Tu irrites le Giel plus qu'à ta violence

70 De n'enseuelir point la chose soubs silence, De ne luy reparer, trop cruel ennemy, La perte en te taisant de l'honneur à demy,

73 Ne dire informé d'eux qu'vn reraors dessur l'heure Que les cris innocents d'vne vierge qui pleure Te la firent lascher entière , ioint qu'aussi

76 La peur de l'advenir te tenoit en soucy : Reste que sa sortie importante ne puisse Discerner ne logis après par nul indice;

79 Chose plus que facile , vn bandeau sur ses yeux Mille tours & détours refaits en diuers lieux, Fuitif ie luy lairray chercher son auanture

82 Allons donc y pouruoir: & au cas qu'elle endure

72 LA FORCE DV SANG [v. 283-324

Vne dernière fois en son sein moissonner Ce qui ne peut redit que me passionner: LEOCADIE.

85 Ou suis-ie? quel enfer de honteuse misère Aux ceps du desespoir m'atache prisonnière? Que ne me rauis tu la vie aprez l'honneur

88 Infâme scélérat enuieux de mon heur?

Sy rauir neantmoins tu reputes possible [128]

Quelque contentement d'vne souche insensible,

91 Parle, respond perfide exécrable, où es tu? Mais ou le rouge esclat de ce foudre tortu Qui frappe des rochers les innocentes cimes

94 En conniuant pardonne à l'horreur de tels crimes Cas estrange mes mains ne rencontrent que l'air. Et bien que parmy l'ombre on entende plus clair

97 Aucun bruit ne paruient à l'oreille tendue Comme dans vn daedale égarée & perdue Taschons à remarquer la chambre ou retenir

00 Vn signal au voUeur funeste a l'auenir, Le moyen? tout fermé les rayons de la Lune Ne trouuent d'ouuerture à leur lumière brune, 3 Ce lict en broderie & ces riches tapis Présagent que le sort ne me peut faire pis, Qu'vn superbe appuyé sur sa riche famille 6 Mon précieux trésor impunément me pille. Courage ne sçay quoy se rencontre à la main Que gage malheureux ie serreray soudain 9 La porte ouuerte craque:

ALPHONSE

Or sus, or sus mauuaise Veux tu pas derechef que ma flame iappaise?

LEOCADIE. [129]

N'attente desloyal & ne t'ingère pas 12 D'exposer ma pudeur à vn second trespas,

Le passé te suffise enuers moy de la sorte.

Que ces songes menteurs que le iour nous emporte, 15 Puis que la volonté purifiant ce corps

N'a consenti barbare à tes sales efforts.

Que tu n'as que ioûy d'vne roche glacée; 18 Mais la vigueur chez moy maintenant replacée.

D'ongles, de poings, de dents ie deffigureray

Ta monstrueuse face, & ne l'endureray, 21 Fay mieux, aueugle moy d'vn bandeau le visage,

Sy la punition tu crains d'vn tel outrage.

Quelque part remenée en la ville où soudain 24 Tu me disparoistras comme vn phantosme vain,

Ou l'addresse trouuant du logis de mon père

l'aille luy descouurir ta pointure, ô vipère.

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