‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 2)Chapitre 61 sur 203 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

DOM LNIGVE, ALPHONSE.

D. INIGVE.

TV pourrois posséder les richesses d'Attale, Du vieil Roy de Phrygie, ou celles de Tantale, 71 Noble d'extraction plus que les Miniens,

On mesprise auiourd'huy la noblesse & les biens,

Sy l'homme ne s'illustre en son propre mérite 74 Sy le vif aiguillon des vertus ne l'irite,

Cueillant auantureux aux pays estrangers [139]

Le rameau de la gloire au milieu des dangers: 77 Car oisif consommer en délices son aage

Dessous le Ciel natal vient d'vn lasche courage.

C'est comme la tortue vne coque habiter go Qui pesamment se traisne & qu'on n'ose quiter.

C'est demeurer banny des bonnes compagnies,

Sy tu n'as veu ta place entr'elles tu te nies, g3 Chacun te monstre au doigt par forme de mespris,

D'vn tardif repentir en la vieillesse pris,

Que tu n'employas mieux la saison printaniere, gg Mon vouloir au surplus est la raison dernière.

Qui t'impose vne loy de courir quelque temps

L'itale visitée, où les esprits contents g9 Goustent diuerses mœurs en diuerses prouinces.

Que des communautés gouuernent, ou des Princes.

Tu n'en vaudras que mieux, & au proche retour 92 Moissonnes des plaisirs infinis à ton tour,

Bien venu, bien receu de ta ville informée

Que tu auras ailleurs porté sa renommée 95 Vne femme à choisir, veu que ma qualité

Dans Tolède par tout trouue l'égalité.

Bref ce voiage fait, Alphonse présuppose [140]

9g Que ta fortune après heureuse se repose. ALPHONSE.

Monsieur assez de fois vn seuiblable désir

Me transporte & me vient le courage saisir, 1 A moy mesme odieux de ma fainéantise

Et qui (ie le diray sans aucune vantise)

N'aprehenday iamais fatiques , ne danger, 4 N'estimant rien heureux au pris de voyager

D'apprendre çà & la ce qui se passe au monde.

Qu'elle plaige en esprits, qu'elle en armes féconde,

78 LA FORCE DV SANG [v. 507-548

7 Affin de ne rester ignare à l'aduenir, Lors que d'vn bon discours on veut s'entretenir, Que chacun ses erreurs diuersement rapporte:

10 Donc puis que le vouloir à ce dessein vous porte, En l'exécution plus prompte git mon mieux, Ne faisant que languir d'vn séjour ocieux. D. INIGVE.

13 L'oiseau de Jupiter en son aire n'a garde D'esclore généreux la colombe couarde, La lionne iamais de biche ne conçoit,

IQ Le mouUe que sa forme emprainte ne reçoit: Ainsi n'empruntes tu ceste louable enuie De préférer l'honneur immortel à la vie. [141]

19 Ainsi demeures tu le pourtrait, le flambeau Qui nous venge tirez de l'oubly du tombeau, Persiste magnanime à fouler ces délices,

22 Que semé la richesse amorce de tous vices. Au surplus ie te veux d'équipage pouruoir, Et d'vn train qui de moy digne te face voir

25 Qui seruent a t'enfler le cœur, or ie t'auise Qu'outre Naples, Milan, Rome, Gennes, Venise, (Florence aussi du nombre) on n'a que plus chercher

28 De rare en l'Italie, ou qui puisse alleisher. ALPHONSE.

Les principalles fleurs de ce parterre veuës. Selon l'ordre prescript l'vne après l'autre éleuës,

31 Ma curiosité se satisfait assez.

D. INIGVE.

Des Alpes au retour les haults monts trauersez La Gaule se présente en peuples plus féconde

34 Que l'Espagne beaucoup: qui semble vn autre monde. Peuples ciuilisez, conuersables, courtois Qui n'ont rien d'arrogant comme nos Iberois [142]

37 Qui ayment vne humeur ouuerte & .familière, Non la nostre de soy cauteleuse & altiere. Voy de t'aoommoder selon les nations,

40 Et de faire au besoin céder tes passions: Ainsi jadis aquit Vlysse nom de sage, A trauers les périls se trouuant vn passage. ALPHONSE.

48 Vos boas enseignements en l'ame conseruez Et d'Ourse & de Zenits au voyage obseruez Le feront prospérer sous la faueur céleste, D. INIGVE.

46 Sans elle il n'y a rien qu'encombreux & moleste, Sans elle nous n'auons icy bas qu'espérer, Allons dessur ta suite ores délibérer.

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