‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 2)Chapitre 62 sur 203 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

ESTEFANIE.

49 f ME veux tu distiller en larmes continues I Qui ne reuoqueront les choses auenuës? Qui me fendent le cœur d'vne tendre pitié, 52 le n'ay plus de pouuoir ou toy plus d'amitié, Puis que raisons, conseil, remonstrances, prière, Ne repriment encor leur humide carierre: 55 Que tu te plais rebelle a souspirer tousiours Affin que tels souspirs précipitent mes iours, Pardonne à ta douleur ma fille qui présente 58 De ces plaintes auoit excuse suffisante. Mais le temps médecin de nos calamitez Ne permet recourir a ces extremitez, 61 Nul pire traictement chez nous ne te moleste,

On diroit neantmoins que l'appareil funeste [144]

Ainsi que condamnée au supplice t'attend, 64 Souspireuse tousiours, l'œil sans fin dégoustant. LEOGADIE.

Ces souspirs & ces pleurs, pénitence légère, N'égalent vn reflus de nouuelle misère.

67 Quel reflus? & ou pris? parlons auec raison, N'ayant depuis ce coup sorti de la maison.

LEOGADIE.

Le malheur a chez moy ses portes inconnues, 70 Ouuertes quand il veut à toute heure tenues. ESTEFANIE.

L'effort du scélérat possible,

LEOGADIE.

Traistre effort, Qui donne à mon honneur vne seconde mort. ESTEFANIE.

73 Soit que ce soit, mon heur tu ne me le dois taire, De tes infirmitez fidelle secrétaire.

LEOGADIE.

Ma turpitude énorme assez tost paroistra, 76 Et d'vn objet honteux son reraors acroistra.

ESTEFANIE. [145]

Pourquoy? si ce ne sont qu'etfects de la nature Comme lors qu'on se sent eslargir la ceinture.

80 LA FORCE DV SANC [v. 579-602

LEOCADIE.

79 0 Terre! ô terre, mère entr'ouure ton ffiron Et me plonge au plus creux des gouiFres d Acheron.

ESTEFANIE.

Te preserue le Ciel de pire maladie, LEOCADIE.

82 Pire?

ESTEFANIE.

Ouy, le silence a cela remédie.

Le silence éternel mon remède certain Porte sa guerison, mais ie l'implore en vain. 85 Et bien c'est vn enfant que le hazard nous donne, LEOCADIE.

Mais vn cruel fléau qui d'horreur m'enuironne.

ESTEFANIE.

Fay la désespérée autant que tu voudras 88 le le désire nud tenir entre mes bras.

LEOCADIE. . [146]

le désire aussi voir la race de vipère.

Sous mes pieds écrazee, en vengeance du père.

ESTEFANIE.

91 Tu ne me sçaurois pas d'auantage fascher Que semblables propos indiscrette lascher,

LEOCADIE.

Vous voulez que i'approuue, & que ie face conte Q^ Du triste monument qui s'érige à ma honte. ESTEFANIE.

La nature t'oblige en sa première loy, D'aymer vn fruit viuant qui sortira de toy. LEOCADIE.

97 Fruit dont l'arbre mérite vne flame allumée, ESTEFANIE.

Mais tel fruit de ton sang créature formée. Aimable en l'innocence, ignorant qui l'a fait, QQ Bref sa cause produit mauuaise vn bon effet. LEOCADIE.

Vn bon qui de ma fleur virginale me priue?

ETEFANIE.

Ouy bon puis que des cieux le chef d'œuure en deriue.

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