BRONTE
VVLGAN.
Velle condition misérable si pleine
"^ 'opprobres, de soucis, & d'vne ingrate peine,
31 ^^-|Cf*ourroit assuietir à ses fers inhumains
Vn plus chetif que moy des Dieux, où des humains?
Qui peut à meilleur droit plaindre son innocence, [237]
34 Mal-heureux dez le iour premier de ma naissance, Vn Père trop inique, vne Mère soudain M'expulsèrent du Ciel trébuché par desdain,
37 Et voulurent vanger dessur leur créature Cette déformité que causoit la Nature; Depuis bien loin de seoir a la table des Dieux,
40 Pallas me refusa comme specte odieux,
Alors que ie pensoy me la conioindre à femme. Réduit dessous le ioug d'vne adultère infâme,
43 Qui me fausse la foy chaque iour mille fois, Que tantost vn Chasseur embrasse dans les bois. Maintenant le Bouuier Phrygien la possède,
46 <)res vn furieux en mon lit me précède, Vn Mars l'ose venir courtiser effronté.
Dans mes lares polus contre ma volonté,
49 A l'heure iustement que les Fourneaux i'allume, Que le trauail repris me panche sur l'enclume. Que dessous vn Marteau sans cesse résonant
52 le forge industrieux les armes du Tonant,
Est-ce la Jupiter le salaire me rendre, [238]
Que de souffrir chacun sur ma couche entreprendre?
55 Que du nombre infiny des foudres que tu pers Contre ces rauisseurs d'aucun tu ne te sers? Cherche cherche qui plus s'oceupe a tel ouurage,
58 Où venge iusticier le foible qu'on outrage, Ne pouuant ma prière a pitié t'émouuoir. En i'Acheron portée elle aura ce pouuoir,
61 Tu me regretteras, ha! Mercure s'auance, Et crain que mes regrets l'infidelle deuance. Pour me faire la fable au peuple Olympien;
64 Qui t'ameine, hastif? parle Cylenien.
122 LA GIGANTOMACHIE. [v. 565-593
MERCVRE, Le sujet inconnu, lupiter te commande Tenir des foudres prests en quantité plus grande,
67 De matière plus fine & qui pénètrent mieux, Qu'alors que les Titans attaquèrent les Dieux, Actif exerce là tes Cyclopes de sorte,
70 Que parfaite bien tost la besogne on remporte,
VVLCAN.
Mon esprit martelé pense ailleurs qu'a forger,
MERCVRE
Apres ce mandement, si n'as tu que songer.
VVLCAN.
73 lupiter désormais la iustice me face,
Où bien mette vn Rocher insensible en ma place.
MERCVRE
Tes Caprices croy nioy ne sont pas de saison, 76 Veu le trouble qui tient la Céleste maison. VVLCAN.
Soit que ce soit Vulcan coupable ne l'excite.
MERCVRE
Mais le commun péril a ton deuoir t'incite,
VVLCAN.
79 Déclare le motif que l'on s'aduise après, MERCVRE.
L'Oracle souuerain me le xiefend exprès. Outre que mon loisir impugne ta demande.
VVLCAN.
82 Me voila pas tousiours le mépris de la bande, Qui d'affaires sçay moins que le moindre mortel, A qui tout rVniuers donne à peine vn Autel, 85 Bien que nostre industrie égale nécessaire, L'intolérable orgueil d'vne troupe aduersaire. Dure condition qui du resouuenir:
88 Bergues ho! là dedans ne veut on pas venir? BRONTE.
Lequel demandes tu?
VVLCAN.
N'importe, va de braise lusques à la moitié me remplir ma fournaise, 91 Nos outils a forger tenus prests sous la main. BRONTE.
Bien, Père tu seras obey tout soudain,
MERCVRE
Ta belle humeur me plaist a point nommé reprise,