‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 2)Chapitre 95 sur 203 · V. 594-626] LA GIGANTOMACHIE · texte numérisé non relu

V. 594-626] LA GIGANTOMACHIE

VVLCAN.

94 Trop facile, trop bonne, & simple on la mesprise: Mais quoy sa patience vn iour eschappera, Vn iour qui la decoit plus fine trompera, MERCVRE.

97 Tu m'excepte non pas? cognoissant que Mercure, En véritable amy tousjours ton mieux procure.

VVLCAN.

Charlatan tu m'es plus qu'aucun autre suspect, [241] MERCVRE.

00 One ie ne te manquay toutefois de respect, VVLCAN.

Non lors que tu voulus abuser de ma peine.

MERCVRE

Premier que le trauail te mette hors d'haleine, 3 Que tu ne puisse plus te distraire empêché ; , Oîi le fil de ce glaiue apparoit rebouché,

Donne luy ie te prie vn tour dessur la meule, 6 Que s'il n'en est besoin la polisseure seule. VVLCAN.

Tel subit appareil présuppose vn dessein, Qui me coule perplex la peur dedans le sein. MERCVRE.

9 Tu sçauras assez-tost sa friuole origine. Dépêche qu'au retour léger ie m'achemine.

VVLCAN.

Bronte apporte ma queux, celle dont au matin 12 l'fi'iguisoy les Ciseaux qui coupent le Destin; Encore pourrois tu Atlantide nous dire Pourquoy veut lupiter tant de traits de son ire : MERCVRE. 15 Quelque reuolte craint se murmure là haut, Le surplus enquérir illicite ne faut.

VVLCAN. [242]

Ce peu suffit, ce peu pre.sage que la Terre 18 Animeuse médite vne nouuelle guerre, Que rouge de fureur on voit iournellement Tracasser ça & là perpétuellement.

MERCVRE

21 Tu ne t'abuses pas, silence, bouche close. Si tu veux discourir pren sujet d'autre chose.

VVLCAN.

Ma curiosité ne passe plus auant, 24 Vice que chacun sçait me tenir peu souuent. Qu'exerce déplorable vne peine infinie.

Qui m'astraint volontaire à vne tyrannie,

124 LA GIGANTOMACHIE. [v. 627-660

27 Tu auras veu premier que Me venir icy, Ma Cyprine là haut,

MERCVRE

Mars y estoit aussi, yVLCAISf.

Euidente malice, éuidente & cruelle!

30 Que réponds tu de Mars où l'on t'informe d'elle ? MERCVRE.

A cause que tous deux se connoissent amis, Et que les séparer ne me semble permis.

VVLCAN. [243]

33 Ne me brocarde plus langue pestiférée, La vengeance du tort ne seroit ditîerée.

MERCVRE

Cas étrange de croire vn scrupule ombrageux, 36 Qui te fera Vulcan perdre trop courageux! VVLCAN.

Tien, oste toy d'icy, ta présence me fasche,

MERCVRE

Trauaille à ce qui t'est enchargé, sans relasche, VVLCAN.

39 Aquite ton office, et me laisse le mien, MERCVRE.

Ne crain que là dessus Mercure attente rien. Sinon qu'heureux en femme imagine ta vie 42 Plus digne mille fois de pitié que d'enuie, A Dieu ialoux:

VVLCAN.

Bastard, effronté macquereau.

Si i'osois pour te suiure élogner le Fourneau,

45 Ta fiance poltrone en tes aisles consiste, Et que boiteux ma iambe au courage résiste; Voila donc le payement de t'auoir émoulu

48 Ton armeure plutost que tu ne l'as voulu, [244]

Voila que mes trauaux moissonnent d'ordinaire. Voila ce qu'aux ingrats profite de bien faire,

51 Voila comme opprimé dessous ces inhumains: Si repasseras-tu quelque iour par mes mains. De sorte chastié quoy qu'après en aduiene;

54 Ha! quelqu'vne semblable à la Tritoniéne, S'achemine, c'est elle, & mon ame ressent De la première flame vn brandon renaissant:

57 Va courtois l'accueillir, & nettoyé la crasse Qu'vne sueur poudreuse a colée à ta tace. Possible, nullement, son véritable aspect

60 Emporte le dessein de ne sçay quel respect.

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