‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 3)Chapitre 101 sur 230 · V. 73-1 16] TRAGEDIE · texte numérisé non relu

V. 73-1 16] TRAGEDIE

MELEAGRE.

Chetifs! raffliction vous ôte la prudence, Telle plainte vers luoy coupable d'imprudence,

75 Qui l'Empire attaqué de voisins ennemis.

Où le iuste combat d'homme à homme, permis. Dés long tems, de's long tems, ma vie abandonée

78 Eusse au bien du païs salutaire donnée, Mon désir brûle après ce dessein vertueux. Que le cruel destin me rend infructueux :

81 Toutefois chers amis, la bonne conscience.

M'assure que dans peu (munis de patience) [217]

Vn secours employé qui surpasse l'humain,

84 loyeux vous brisera ce seruage inhumain, Et possible premier que le flambeau céleste, Mais? quel spectacle encor nous arriue moleste,

87 D'vne troupe champestre effroyable de pleurs? Indice plus que vray témoignant ses malheurs.

TROVPE DE PAYSANS.

Plaise à ta Maiesté, ne souifrir dauantage,

90 Qu'vn fier hôte infernal gâte son héritage, Plusieurs sans résistance, épars diuersement. Et de qui le trauail est le seul pensement,

93 Désespérez d'auoir touiours perte sur perte, Sont contraints de quitter la prouince déserte, Prouince que uiendra la famine engloutir,

96 Où nul n'ose l'enclos de ses Lares sortir. Lares impunément violez à toute heure Du monstre carnacier qui fait que chacun pleure,

99 Qui vient les nouriçons aux mères arracher, Mortes de ses regards lancez a l'aprocher: Quiconque d'entre nous ose prendre les armes, 2 Ne faisant rien qu'acroistre& la perte, & les larmes. Si qu'au lieu de l'espoir de la blonde Ceres, Les stériles chardons hérissent nos guerets, 5 Bacchus sur les cotaux languit la teste basse, Sans qu'aucun le seruice acoutumé luy face : [218]

Helas ! qui le pourroit ? l'image du trépas 8 Présente, inséparable, vuie a chaque pas.

Ren nous donc, ô grand Roy, la franchise première, Où te cherche qui plus habite vn cœmetiere,

11 Pareille extrémité dispense du deuoir,

Au cas que ton secours n'auise d'y pouruoir,

MELEAGRE.

Releuez-vous enfans, d'espoir, & de courage, 14 Vn beau soleil plus gay, va luire après l'orage. Qui ce foudre pouuoit décoché retenir:

Qui des mortels parer aux coups de l'auenir?

140 MELEAGRE. [v. 117-158

17 Nul certes, le destin maître absolu dispose

»De l'Empire des Rojs, qu'il couronne & dépose Sa iustice expiant le crime paternel,

20 Ne reserue vn courrons de rancœr éternel ; Désormais elle a pris excessiue l'vsure. Ce feu meurt à présent, faute de nouriture,

23 Autre dificulté plus grande ne me tient,

»A qui du monstre occis la victoire apartient, Sinon ioints d'arrester sa fuite vagabonde,

26 Chacun donc vigilant à l'enuy me seconde, Chacun des mariniers le bel ordre suiuant, Patron me reconnoisse à ce grand coup de vent,

29 Sans murmure obéisse, & sans plus entreprendre Que ne veut notre oracle, à peine de méprendre.

CHŒVR DE PEVPLE. [219]

Quiconque k ce deuoir impieux contredit,

32 Soit du moteur suprême, & des hommes maudit, Quiconque épargnera sa fortune, où sa vie. Puisse, l'âme aux enfers criminelle rauie,

35 De mémoire exécrable à la postérité, ■ Receuoir vn supplice éternel mérité!

TROVPE DE PAYSANS.

Bien que nostre industrie a cultiuer la terre, 38 L'vsage n'ait apris des outils de la guerre.

Propres à conquérir ce brutal ennemy,

Nul pourtant ne voudroit paroitre homme à deray, 41 Nul, où la Maiesté du Prince se hazarde,

Montrer d'aucune peur l'apparence couarde,

Plus digne ocasion ne se pût onc offrir, 44 Plus digne, où le trépas, volontaire souffrir.

MELEAGRE.

Tel émulation de vertu me contente Or préparez ensemble à vne breue atente,

47 Chacun paisiblement se retire chez soy, Nos veneurs de retour a propos i'apperçoy, Qui possible auront mieux la beste reconnue,

50 Comme tout au labeur cède à la continue, Et bien? quelle nouuelle, auons-nous découuert Vn chemin désormais à la victoire ouuertV [220]

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