V. 159-200] TRAGEDIE
59 Dessous chaque paupière vn tison furieux, Touiours etincellant luy compose les yeux, Quelque cliesne vieillard qu'imprime sa deifence,
62 S'ensuit connue du foudre vne mortelle oflence, Nous-mêmes l'auons veu par manière d'ébat. Déchirer vn lyon agresseur du combat,
65 Son soufle bruit plus qu'vne forte tourmente, Et iadis le pareil es forests d'Erymanthe Sous Alcide broncha, ce demy-Dieu vaincœur,
68 Que le Tonant fournit de forces, & de cœur.
MELEAGRE.
Préoccupez d'eflFroy, ce rapport peu fidelle. Ne touche au principal du soin qui me martelle,
71 Sur les bauges instruit, où sur l'endroit celant, (Repaire accoutumé) l'animal violent, Nul n'ignore que là gist le nœu do l'affaire,
74 Qu'il faut voir l'ennemy, premier que le défaire.
IL VENEVR.
Hors du cours naturel, conçeu prodigieux. Chaque action chez luy nous éblouit les yeux,
77 Aucuns secrets appris du métier de la chasse, [221] Non quand vn Orion tiendroit la même place. Ne le reconnoitroit qui vague sans égard,
80 Et giste, où sa fureur s'adonne de hazard.
MELEAGRE.
L'œuure laborieux ma présence demande.
Bel œuure qu'à vn Roy la pieté commande, 83 Oeuure dont i'ayme mieux la gloire disperser.
Que de ne rien étraindre à force d'embrasser;
Aristandre va donc exercer ta faconde 86 Chez la fleur des vaillants qui décore le monde.
De ces preux Myniens, qui la riche toison
Conquirent auec moy au Thessale lason : 89 Accepte Ambassadeur vne ofre magnanime.
D'affranchir le pais du fleaû qui l'oprime,
Accepte nécessaire vn secours étranger, 92 A qui ma main première écarte le danger,
A qui l'extrémité communique ma gloire,
Honteux qu'vne si basse, & brutale victoire 95 Profane la valeur des fils de lupiter.
Mais le destin nous veut iusques-là mal-traiter.