SCENE I
CHŒVR, MESSAGER.
GHŒVR DE PEVPLE.
ESpanchons à ce coup, le sein mouillé de larmes, Les genous con tre terre, & l'âme dans les cieux, Vne prière, afin de reuoir nos gendarmes. Ce fier monstre vaincu, le laurier sur les yeux. 65 Car helas! autrement sa brutale manie Nous chasse vagabons hors du natal seiour, Et faut bon-gré, mal-gré, fuir telle tyrannie, 68 Qui se veut conseruer la lumière du iour.
Deux grands peuples détruits, sans ordre, sans conduite, Iront par Fvniuers à la mercy du sort, [235]
71 Epreuuer les trauaux d'vne éternelle fuite. Et mourir mille fois en redoutant la mort. Helas! hé! le moyen, que ces âmes chètiues? 74 Qu'vn peuple de vieillards, de femmes, & d'enfans. Passassent pesle-mesle, aux étrangères riues. Et pour les prolonger n'acourcissent leurs ans? 77 Détourne ce méchef Déesse, qui présides Au Ciel, dans les forests, & au Royaume vain. Termine en ton courons ces fureurs homicides, 80 La victoire emportée est vn coup de ta main. Si tu le fais! ô claire! ô belle Delienne, Vne pure Hécatombe offerte à tes autels, 83 Ne doute que chez nous ta Deïté n'obtienne Vne première gloire entre les immortels. De riches ieux de prix, célébrez chaque année, 86 lusqu'à la fin du monde honorent ce bien-fait, Mais quelqu'vn suruenu sçait notre destinée, Bonne où mauuaise, ainsy que la chasse aura fait.
150 MELEAGRE. [v. 48^-529
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89 Citoyens, qu'on éleue vn long lo de ioye,
Le monstrueux sanglier demeure nôtre proye,
Vne braue pucelle, & la valeur du Roy, 92 Remettent l'asseurance où habitoit l'effroy.
CHŒVR.
Qu'auiourd'huy le pais affranchy du seruage, On ne redoute plus son impiteux rauage ? 95 Possible, flates-tu nos malheurs dVn faux bruit,
MESSAGER. ' [236
Oculaire témoin au spectacle introduit, l'ay veu le porc fournir la meute de curée, 98 One chose ne sera, ne fut plus asseurée.
CHŒVR.
0 Déesse, l'honneur des nocturnes flambeaux. Qui compassés nos mois, qui modères les eaux,
1 Tu as oiiy les cris d'vne troupe innocente. Tu veux que ton secours a présent elle sente, On te doit la victoire, on te doit désormais,
4 Vnique tutelaire inuoquer a iamais :
Or telle histoire amy, t'oblige commencée Au discours poursuiuy de la chasse passée.
MESSAGER. 7 Le repaire du monstre horrible découuert. Précipice semblable a quelque gouftre ouuert, Cette fleur de guerriers demy-Dieux l'enuirone,
10 Et la place à chacun de combatre se done. Puis les chiens découplez vn bruit monte à la fois, De piqueurs, de chenaux, d'armeures, & d'abois;
13 Le Ciel en retentit, la terre épouuentée
Croit Atlas succomber sous sa charge éclatée,, L'indomtable ^Egeide, & nôtre Roy premiers,
16 Sur l'indice certain que donnent les limiers. Entrent a corps perdu dans la grotte profonde; Vne troupe de près leur courage seconde,
19 A force de flambeaux on fend l'obscurité,
Pour tirer au combat l'animal irrité, [237]
Qui s'élance dehors plus léger que le foudre,
22 Hommes, & chiens ensemble aterre sur la poudre, Si que les plus hardis commencent à blêmir. Qui luy voyent le feu de la gueule vomir,
25 Que sa peau, qui des dards ne redoute l'iniure. Inutiles receus les émousse plus dure:
Sorty, l'enceinte acroist sa rage tellement,
28 Que peu l'osent en front regarder seulement, Meleagre qu'époint cette Royale enuie