V. 383-416] TRAGEDIE
Qui conioint le courage à la dextérité, 84 Posons que celuy fût au pis témérité, Sire, l'affection qui pure vous la donne, Ne se peut, ny se doit, dédaigner de personne.
MELEAGRE.
87 Non, certes ton secours amené dans ces yeux, Le vaincœur enchainé du Monarque des Cieux, Amené de renfort les amours, & les grâces
90 Auec leur moindre effort le monstre tu terraces, [231] Tu charmes sa manie, & ne faut autre dard. Autre chasse, autres rets, qu'vn amoureux regard.
ATALANTE
93 Ce bras décochera, non l'œil, chose solide, Capable d'arrester sa tureur homicide.
THESEE.
Tu me presteras donc asseuré le couuert, 96 En cas que le péril menace trop ouuert.
ATALANTE
»Le8 plus petits buissons par fois portent ombrage, Tel se moque, qui peut s'aider de mon courage.
PIRITHOIS.
99 Vaincre les cœurs humains suffit à ta beauté, Ailleurs à mon auis nouuelle en cruauté.
ATALANTE
Vne chaste Déesse imitable raodelle, 2 M'aprent la cruauté, ie ne la tiens que d'elle.
LINCEE.
Poursuiure le cheureuil, où la biche, où le daim, Sont ébats familiers que demande ta main, 5 Non l'extrême péril de la chasse présente, Où la dextre plus forte a peine est suffisante.
ATALANTE
Ma foiblesse, par fois ne laisse sans secours, 8 D'abatre à coups de traits les lyons, & les ours, Plus ostinée alors, plus ardente de gloire. Où Fenorme danger balance la victoire. [232]
MELEAGRE.
11 Ne vous émerueillez, son courage dément Ce beau teint délicat, doux, & fatal aymant. Incapable de crainte, à la chasse nourrie, 14 Elle s'est iusqu^s-là généreuse aguerrie,
Qu'autre Veneur iamais n'a plus de gloire acquis, N'a plus dans les forests de dépouilles conquis. Hardy I. 10
148 MELEAGRE. [v. 417-456
THESEE.
17 Vien donc a la bonne heure Amazone accomplie, Et ne t'éloigne pas de moy ie te supplie, Qui seray ton bouclier, ton appuy, ton rempart,
20 Qui fourniray la force où tu presteras l'art.
ATALANTE
Me deuore le monstre auant que telle honte, A l'honneur entamé d'Atalante s'affronte, 23 Parauant que de crainte elle recule vn pas, La puisse préuenir le plus âpre trépas,
MELEAGRE.
Regarde neantmoins a ne priuer nature
26 Du phœnix qui s'éteint dedans ta sépulture. Ne laisse de beautez orphelin l'vniuers, Amour verroit adonc son Empire à l'enuers,
29 Ta perte me tient lieu de la perte d'vn monde, Fay donc que le courage à la force réponde. Ne prodigue ta vie, où vueille désister,
32 Fapperçoy nos veneurs, il n'y a que douter, Quelle nouuelle enfants? vne dernière queste, Nous peut-elle montrer les erres de la beste?
VENEVR.
35 Sire, grâces aux Dieux, ma vigilance a fait, Qu'on tire du repaire vn indice parfait, D'embuscade caché dedans l'épais fueillagé
38 D'vn vieil chesne au bois m ême, où l'ennemy saccage, Deuers le point du iour sorty pour vermeiller, Bien deux arpens de terre on luy a veu fouiller,
41 De là courir brigand les campagnes voisines, Sur hommes, & troupeaux exercer ses rapines, Puis le soleil ià haut, superbe reuenir
44 Au creux d'vne spelonque affreuse se tenir; Mille buissons autour en deffendent l'aproche, Sa profondeur étrange occupe vne grand roche,
47 Toutefois on pourra le forcer là dedans,
A coups d'épieux, de dards, auec flambeaux ardens.
TEESEE.
»Su8 amis, la vertu par tout se fait passage, 50 Chacun paroisse icy témérairement sage, Se haste lentement, & ne prenne le soin. Que de suiure conduit mon exemple au besoin.
MELEAGRE.
53 Conioint à ta valeur, diuine, inséparable,
Octroyez-moy, bons Dieux, ce destin fauorable. Que victime receuë, autre chef que le mien,
56 Ne rende à ce païs le bon-heur ancien,