ACTE I
L'AVRORE, CEPHALE.
L'AVRORE.
MOrtels, ambitieux d'vn céleste destin, Qui dites votre vie vn renaissant butin 3 Des malheurs obstinez, & peruers au courage,
Murmurez contre luy dVn inique seruage, Prophanes désormais plus sages, désistez [278J
6 D'enuier le malheur de nos félicitez, Que l'immortalité, les vœux, & l'ambrosie. N'impriment cet erreur en votre fantaisie, 9 Vn tyran nous maitrise, vn enfant factieux, Successeur des Titans s'est emparé des Cieux: lupiter arraché de son trône à toute heure
12 De vos filles ressent l'amoureuse bleçeure, Quite sa Maiesté, son foudre, k son pouuoir, Afin de les aller esclaue deceuoir:
15 Mars iette son écu, ses batailles oublie, Aux pieds de ce garçon superbe s'humilie, Neptune le redoute au profond de la mer,
18 Et Pluton n'oseroit encontre luy s'armer, Nous de ce nombre saint Déesses reconuës, Nous d'vn peuple grossier impassibles tenues,
21 Tour a tour n'attendons que son trait assacin; Hé! quoy si l'impiteux a trauersé le sein. Qui mêmes l'alaicta: s'il n'épargne sa mère,
24 Quelle grâce de luy faudrat-il qu'on espère? ladis le déloyal alumant mon désir, Vn mal sortable époux me força de choisir,
27 Pour éuiter le bruit d'amante forcenée, le coloray mes feux d'vn furtif hymen ée. L'alliance impétrant de mon père fâché.
30 (Car son nom vénérable en demeuroit tâchée Luy qui seul se ressemble, & qui porte le foudre, Vouloit comme Semele, en cendre le résoudre;
33 Ma prière abatit son courous, & depuis [279]
Cuidant me garantir du desastre où ie suis. Prosternée aux genous des trois Vierges fatales,
36 Leur serment i'engagay des ondes stygiales,
174 PROCRIS. [v. 37-81
»Téraoigna^e sacré d'vne vraye amitié,
Qu'elles me trancheroient le fil de ma moitié, 39 Mais non pas que le cours des glissantes années
Ne vint enueloper mes liesses bornées.
Il ombrage ma couche ainsy que les ormeaux, 42 Qui sans fruit au passant abondent en rameaux,
Encor la fraîcheur de sa soif diminué.
Où près de luy la mienne augmente continue, 45 Où sa glace m'échauffe, & vuide de douceur,
L'Idée me remet de ce ieune chasseur.
Beau chasseur qui mon nom innocemment reclame, 48 Laissant au soir les bois possesseurs de son âme:
C'est luy, c'est ce Cephale, a qui dorennauant
De ma uiouche ie vay les faneurs reseruant, 51 Luy qui de mon vieillard suppléra la foiblesse,
C'est de son trait vaincœur que Cupidon me blesse,
La loy de l'équité me permet de i'aymer, 54 Et Ton ne m'en doit pas moins pudique estinjer.
Attendu qu'vn époux à l'âge décrépite.
En ce forcenenient mon âme précipite, 57 Que de son impuissance il cause le forfait.
Et que sa volonté n'a plus aucun effet. Allons donc l'épier en la forest épaisse, 60 Allons donc luy offrir l'amour d'vne Déesse ;
L'heure nous y semond; ie pense ouir sa voix, [280]
Dé-ia de mon retour importuner les bois.
CEPHALE.
63 Princesse de clartez où est-tu belle Aurore?
Faut-il qu'vn vieil ialoux t'areste au lit encore?
Trouues-tu tant de goust en ses embrassemens? 66 Tant d'appas en vn corps perclus de mouuemens?
Que le monde orphelin de sa douce lumière.
Ne te puisse auiourd'huy mouuoir par sa prière, 69 Le laboureur t'atent à fendre tes guerets,
Moy plein d'impatience à brosser les forests,
A relancer vn cerf, que tu sçais inhumaine, 72 Hier auoir frustré les plaisirs de ma peine,
Vien donc ie te suplie, ô fourrière du iour;
Mais Dieux ! quelle clarté s'épand icy autour ? 75 Quel visage diuin sous ce fueillage sombre
Dissipe m'abordant l'obscurité de l'ombre?
L'AVRORE.
Cephale ne crain point, le charme de tes yeux, 78 M'a fait décendre icy de la voûte des Cieux ; le suis celle qui viens ta prière écoutée Redonner aux humains la clarté souhaitée, 81 le suis celle qui viens requérir ta beauté,