V. 82-12G] TRAGEDIE
D'être à ma passion conforme en loyauté, D'accepter en mon lit vne seconde place, 84 Ainsy que ton obiect tous les autres efface, Ainsy que tu as mieux ce bon-heur mérité, QuVn vieillard engourdy la même infirmité.
87 0 Déesse Thonneur de la troupe immortelle, Tu m'ingères à tort vne arrogance telle. Tu as mal entendu le dessein de mes vœux,
90 Autre chose de toy que le iour ie ne veux, Le iour qui coule icy mon innocente vie, Loin du bruit des citez où habite l'enuie,
93 Esclaue de la Parque oseroy-ie attenter Ce forfait enuers toy fille de lupiterV
L'AVRORE.
Laissons-la le respect, & douteux n'imai^ine, 96 laçoit que différent d(,' sort, & d'origine,
laçoit que l'Orient fertile de trésors,
Sur toutes Deitez me reuere en ces hors, 99 Qu'à bon droit ie pouuois de beauté comparée,
Disputer le pi-esent de la pomme dorée,
N'estime que jiourtant ie te feigne mon cœur, 2 Que ce que ie t'ay dit soit vn appas moqueur,
Derechef, derechef, par la douce lumière.
Qui le monde sous moy réiouit la première, 5 le iure que tu es le plus de mon soucy,
le iure que tu m'as le courage transi,
le iure que tu es mon vnique pensée, 8 Et que pour toy d'amouï ie péris incensée.
Demandes-tu le tems? helas! tu sçais de quand,
Veneur perpétuel tu me vas inuoquant, 11 Depuis i'ay peu a peu couué les étincelles,
Qui fortes maintenant déuorent mes moiielles,
Depuis ie t'idolâtre, & ce spectre d'épous [282]
14 Plus odieux cent fois ie ne voy qu'en courons.
Depuis mon lit au lieu de roses printanieres.
N'a que des aiguillons que pointes meurtrières, 17 Où ie laisse ronfler ceste ma.sse de chair
Que plus qu'vn basilic ie crains à l'approcher;
Que ie dédaigne autant connue ie te désire, 20 Ores en quoy peux-tu douteux me contredire ?
Ores en quoy veux-tu plus engager la foy
D'vne diuinité qui se soumet à toy, 23 Ce n'est pas elle helas! amour, amour se venge.
Sans offence sur moy, de ceste sorte étrange;
Vengeance toutefois agréable, pourueu, 26 Que tu ne sois rebelle à sa puissance veu.
176 PROCRIS. [v. 127-161
CEPHALE.
Me conseillerez-vous qu'inconstant & pariure, A ma chaste Procris il face telle iniure?
L'AVRORE.
29 Chaste qu'aucun ne prie, hé ! qui ne le seroit ? CEPHALE.
Dans la glace plutost le feu s'alumeroit. Que viuant quel qu'il fut par aucune manière, 32 L'induisit à souiller notre couche nopciere. L'AVRORE.
Plus de sa fermeté tu as opinion, Et plus de te tomper est en son option.
35 Quel suiet se faisant ingratte prendroit-elle,
le ne luy fus iamais qu'vn exemple fidelle. [283j
L'AVRORE.
>Vn exemple mauuais de nature se prend, 38 »Le vice familier aux hommes elle rend,
»Ils l'acceptent trop tost inconnu pour leur hoste,
»Chez eux trop tost il entre, & trop tard il s'en ôte: 41 L'apetit que l'on trouue au change luy suffit,
Où la cupidité d'vn auare proufit,
Du crédule, ie puis faire d'expérience, 44 Que tu démentiras ta folle confiance.
En recompense après i'entends te posséder,
A quel plus iuste pact pourrois-tu t'aceorder?
CEPHALE.
47 »Ne m'imputez Déesse vne erreur imbécile, Hors ce point ie vous croy toute chose facile.
L'AVRORE.
Accepter seulement le party présenté.
CEPHALE.
50 Sans doute ie serois de la suiure tenté,
L'incomparable honneur de votre amitié sainte, A ma foy donneroit vne profonde attainte,
53 Alors estimeroy-ie aucunement permis, De venger déloyal son pariure commis.
Mais comme le pilote auisé, qui remarque
56 Les écueils où vn autre aura froissé sa barque. Mortel ie ne doy pas non même dispenser, Au loin de ces faneurs vn prophane penser:
59 L'accointance diuine aux humains défendue, [284]
Tient touiours sur leur teste vne mort suspendue. Les foudres élancez du Monarque des Cieux,