‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 3)Chapitre 132 sur 230 · V. 294-340] TRAGEDIE · texte numérisé non relu

V. 294-340] TRAGEDIE

94 Que celuy qui ton diieil file perpétuel,

S'absente plus charmé des plaisirs de la chasse, Que de ta loyauté, de tes feux, de ta grâce.

97 L'inhumain n'attend pas que la pointe du iour Le Ciel que nous voyons bigarre a son retour, Qu'enyuré des plaisirs d'vne agréable peine,

00 Auecques-luy mon cœur aux forests il n'emmeine, Equipé de sa trompe, & suiuy d'vn limier, Qui souuent importun l'éueillera premier: 3 II s'écoule de moy, de moy chétifue, a l'heure [291] Que l'enfant de Cypris nous procure meilleure, A l'heure que mes bras le cuidant accoler, 6 Frustrez de leur espoir ne trouuent que de l'air: Se détordent mutins contre ce sein d'albastre, Tantost contre le Ciel auteur de mon desastre: 9 Cephale impitoyable, es-tu point encor las, Où préside l'horreur d'y chercher ton soûlas? Si ta vie impassible a mes tendres prières,

12 Si ie verse sans fruit à tes pieds deux riuieres. Au moins souuienne toy barbare, du danger Qu'encourut vn Adon, pour vouloir négliger,

15 Pour ne croire vn conseil a ses iours salutaire : Ces bois sont de Cloton l'effroyable repaire. Elle cache au profond des antres bocagers

18 Les carquois funereux de ses traits plus légers, Vn lyon que la faim deuore impitoyable D'vn sanglier écumeux la deffence effroyable

21 Menacent ton destin, de moment en moment. Tes ébats sont panchez au bord du monument, Oîi mon sein te conuie, & hors de toute crainte

24 T'offre les vrays plaisirs dont tu n'as que la feinte, Ha ! Cephale aueuglé retourne en ton bon sens, Débouche ton oreille à mes piteux accens,

27 Vien cueillir en ton champ vne moisson sacrée, Laissant celle des bois aux feres consacrée. Des rais de ton Soleil vien mes larmes seicher,

30 Mais! quel homme là bas apperçois-ie approcher?

CEPHALE. [292]

Conduit de ta beauté par le monde semée, l'apporte icy les vœux de mon âme enflamée,

33 Zélé de telle sorte, & ardent de pouuoir Vn miracle amoureux en ce visage voir, Qu'étrange séparé de l'vn des bouts du monde,

36 Les trauaux de la terre, & les périls de l'onde Ne m'ont peu détourner du voyage entrepris. Labeur, dont ie recueille à vsure le pris,

39 Dont ie suis trop content, puis qu'à ta viue idole L'honneur m'est concédé d'adresser ma parole,

182 PROCRIS. [v. 341-378

D'abord tu me mettras au rang des impudens, 42 Mais, ô célestes Dieux ! qui liroit là dedans,

Si ces foudres d'amour penetroient ma pensée,

Alors qui ne tiendroit ma prière exaucée, 45 Ma sainte affection te gaigneroit le cœur,

Et du vaincœur des Dieux ie deuiendroy vaincœur : Trouuer au demeurant étrange l'entreprise, 48 II n'y a pas dequoy, l'audace que i'ay prise

Le tort Thirinthien s'vsurpa deuant moy,

Quand des impietez le vengeur, & l'effroy, 51 II voyageoit le monde, & en chaque contrée.

Sa poitrine sentoit du même trait outrée,

('aptif en diuers lieux de diuerses beautez, 54 Ainsi n'ay-ie péché qu'après les Déïtez,

Ainsi ne me dois-tu refuser ton azile,

A ma fidélité exorable & facile.

57 N'estoit certain respect de l'hospitalité, Ta reste respondroit de ta témérité, Sur le champ suborneur ie te ferois aprendre,

60 Qu'il ne faut enuers moy si lourdement méprendre, Va, le Ciel te confonde, acheue ton chemin.

CEPHALE.

Oste belle Procris, ce courrous inhumain.

PROCRIS

63 Quel prodige est cecy, qu'vn inconnu me nomme? CEPHALE, Ignoreroy-ie vn nom que l'vniuers renomme, Vn si célèbre nom, si ay niable, & si doux,

66 l'excuse la fureur d •• ce petit courroux,

le l'excuse, hé bonsDitux! quelle espèce d'outrage Ne voudroy-ie à ma f < y seruir de témoignage t*

69 Pour entrer en ta grâce, il n'y auroit tourment Qui ne me résultât a vn contentement.

PROCRIS

Déclare, qui de moy t'a donné conoissance?

CEPHALE.

72 Demande si ie sçay la sacrilège offence

D'vn ingrat, qui préfère au fruit de ta beauté Le plaisir de la chasse, (extrême cruauté)

75 Qui lassé du trauail enduré la iournée,

N'emplist que de sommeil ta couche infortunée, Te laisse des l'Aurore, & s'en retourne encor

78 Les Nymphes des forests éueiller de son cor;

Où possible chery de quelqa'vne d'icelles, [294]

Luy porter ces larcins dont la douleur tu celles.

PROCRIS

81 Ne te trauaille point dVn dueil qui m'appartient. CEPHALE.

Ce n'est que la pitié de ton mal qui me tient.

PROCRIS

La pitié que tu feins de l'honneur homicide, 84 N'imite que les pleurs du fier monstre Nilide, CEPHALE.

Que ma pitié soit-feinte, & feinte ma langueur, Doncques touiours le Ciel uie regarde en rigueur, 87 Touiours me soyez-vous implacable & cruelle, Que la mort que ie sens dure perpétuelle.

PROCRIS

0 folle que ie suis! folle d'entretenir 90 Vn discours que l'on deust en commençant finir!

CEPHALE.

Finissons-le mon cœur, & venons ma chère âme,

A l'effet désiré d'vne amoureuse flâme, 93 M'acceptant tu t'acquiers vn roc de fermeté,

Vn pour qui ne sera moindre ta chasteté,

Tu t'acquiers d'abondant, non (ma belle) pour faire 96 Des presens que voicy, ton amour mercenaire,

Vn gage seulement de mon affection

Ains à ta Deité première oblation.

PROCRIS

99 Certes ta gentillesse auroit plus d'efficace,

Que tout autre présent, mais vne froide glace [295] Me saisit, redoutant que Cephale auerty, 2 Comme il est dangereux, nous fit mauuais party.

Tu as trop de prudence, & moy trop de courage Pour souffrir de sa part ny honte, ne dommage, 5 Seulement donne moy par auance vn baiser,

PROCRIS

Le charme de ta yoix ne se peut refuser,

CEPHALE.

Dy, qu'vn charme de dons t'atire à ma cordelle, 8 A la fin t'a seduitte, ô cent fois infidelle, Auare qui t'allois légère abandonner.

PROCRIS

Hé! Cephale mercy, vueille moy pardonner.

184 PROCRIS. [v. 411-442

CEPHALE.

11 Perfide leue toy, désormais asseurée, Tant que ie iouiray de la lampe etherée, Que iusqu'au col plongée en tes feux dissolus,

14 le ne t'empécheray, ne te reuoyant plus.

PROCRIS

Ne me reuoyant plus? ô cruelle sentence! Propose-moy plutost la mort de pénitence.

CEPHALE.

17 Qu'est-ce que d'vne mort? il faut que le remors T'engendre a tout moment du forfait mille morts,

PROCRIS

Las! que ta main me tuë, effaçant ce reproche, 20 »Sans tomber, de la cheute on est souuent bien proche. [296]

CEPHALE.

Pour vn léger effort, si facile à broncher, L'espoir de mon honneur ie n'ay plus où ficher.

23 Helas ! remets au pis l'offence, & la chastie, Pourueu que ie te sois vne placable hostie.

CEPHALE.

Voila ce parangon de l'amour coniugal, 26 Ce miroir, ce pourtrait, de constance inégal,

Voila l'effet trompeur de ce serment pariure,

De ces baisers reçeus terminez en murmure, 29 Qui ne doiuent iamais respirer qu'vn désir.

Qui ne pouuoient iamais repaistre qu'vn plaisir,

0 ingratte, ô légère !

PROCRIS

Appaise-toy ma vie,

32 Et quand me reprendra cette damnable enuie.

Que le Ciel, que la terre, & l'enfer attestez,

M'apliquent leurs tourmens qui sont plus redoutez,

35 Ne me pardonne plus, que ta dextre ennemie

Dans mon sang criminel laue mon infamie.

CEPHALE.

Croy que ie le feray, s'il auient cependant, 38 Si ta contagion m'apporte l'accident,

Si i'estois d'auanture entaché de ton crime, Pren l'exemple donné d'excuse légitime. [297]

PROCRIS

41 le n'en ay point de peur, ta magnanimité A beaucoup moins de fiel, que moy d'infirmité.

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