‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 3)Chapitre 133 sur 230 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

L'AVRORE, GEPHALE.

L'AVRORE.

VN peu de tréue, amour, tempère ie te prie, Tempère dedans moy l'excez de ta furie, Espargne ta germaine, & ne luy suruien pas

Ton secours, si prochain de cent mille trépas, 47 Ainsy que toy ie suis de la nature amie,

De ta mère ie n'ay procuré l'infamie,

Ny reuelé tes feux, quand tu fus attaché 50 De tes propres liens au giron de Psiché :

Donne moy pitoyable vn moment de relâche.

Attendant à reuoir mon Soleil qui se cache, 53 Soleil qui luit vnique aux mortelles beautez,

Et qui de l'autre deust précéder les clartez,

A regret maintenant ie luy preste ma peine, [298] 56 Et me vaudroit bien mieux vne fortune humaine,

Et me vaudroit bien mieux hostesse d'vn hameau,

Que le char du matin conduire mon troupeau, 59 Tout à moy, ne penser Cephale, qu'à te plaire,

Passer les nuits ensemble, & les iours d'ordinaire,

Tantost dans vne grotte, & tantost sur les fleurs, 62 Que le diieil de mon fils émaille de mes pleurs:

Cephale voudrois-tu me manquer de parole?

Tu vois que i'ay dé-ia chassé l'ombre du pôle, 65 Qu'il n'y a plus de feux qu'a la mère d'Amour,

Tu entens les oyseaux gazouiller mon retour.

Ha ! dure impatience, attente rigoureuse ! 68 Parauant que t'ouurir ma pensée amoureuse.

Le butin prétendu d'vn cerf au front rameux,

La queste d'vn cheureûil où d'vn porc écumeux 71 M'addressoient suppliant l'honneur de ta prière.

Et la mienne à présent tu reiettes en arrière.

De ma prise tu fais (brutale ambition!) 74 Moins d'estat que d'vn d'eux en ta possession,

C'est la coustume^ helas! c'est vn mal sans remède, »Le mépris orgueilleux a la beauté succède, 77 Me mépriser qui suis, ha! ie le voy venir.

Paresseux qui te peut si long tems retenir?

Si long tems séparer de ces forests aymées? 80 Tu voulois renflamer me [s] playes enflamées.

Par le labeur me rendre aymable sa moisson,

Et contre-balançer mon bon-heur d'vn soupçon, [299]

186 PROCRIS. [v. 483-520

83 Mais, dy moy, ie te prie? as-tu trouué ta femme, Ce roc de chasteté, qu'autre que toy n'enflâme?

CEPHALE.

Vostre oracle, Prophète, a trompé mon espoir, 86 L'auarice ayant plus que la foy de pouuoir.

L'AVRORE.

Si bien que te voila deliuré de scrupule, Prest de me reparer vn outrage incrédule.

CEPHALE.

89 Vous me voyez, De'esse a vos pieds prosterné,

Qui veux par mes désirs n'estre plus gouuerné;

Qui consacre deuot à vos faueurs insignes, 92 Mon cœur, mes volontez, bien que choses indignes:

Qui dessous vostre enseigne amoureuse rangé,

Vne timide crainte en courage ay changé.

L'AVRORE.

95 Persiste mon soucy seulement d'asseurance, Couronne ton amour d'vne perseuerance.

Et iamais il n'y eust condition d'amant, 98 En bon-heur comparable, & en contentement: Iamais couple ne fust approchant de nostre aise, Ca, preste-moy ta bouche, afin que ie la baise? 1 Afin que i'enhardisse à plus de priuauté Le respect qui te tient surpris de nouueauté, Que t'ensemble y a-il aux baisers des mortelles, 4 Des pointes d'appétit, des douceurs qui soient telles?

CEPHALE. [300]

Ha! ie pasme, ie meurs. Déesse ie ne puis Plus soustenir ce corps en Testât où ie suis, 7 Mourir, non ce baiser tout confit d'ambrosie, Vne immortalité graue en ma fantasie, La Parque^desormais ne peut rien dessur moy.

L'AVRORE.

10 De grâce maintenant pour arres de ta foy, Dy nous comment tu as l'infidelle abordée, Si ta requeste elle a difficile accordée?

CEPHALE.

13 Déesse, fléchissant sous vostre volonté, le feray le récit de cette acte effronté, Inconnu de l'habit d'vn pèlerin de Tonde,

16 D'vn marchand qui trafique en diuers lieux du monde. Sur le siieil ie l'accoste, a l'heure que Vesper Voit Phœbus trauaillé dans les flots se tremper,

19 S'entend que vous auiez ébloiiy d'vn nuage. Ses yeux ne discernans le vray de mon image,

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