V. 759-796] TRAGEDIE
PROCRIS
59 Dieux ! mille fois cruels, iniques destinées, lie! du moins abrégez le cours de mes années. Faites que la douleur m'étouffe en lamentant,
62 Exaucez, exaucez les vœux de l'inconstant, le ne dois espérer de liesse en ce monde, La vie que ie traine est vne mort seconde,
65 Me voila le mespris, la fable & le dédain D'vn mary déloyal, & d'vne orde putain, D'vne que le méchant sous ombre de la chasse,
68 »I1 y a ià long tems, de deshonneur pourchasse, Elle est seule des Dieux qu'il souloit reclamer. Mais eussay-ie pensé que ce fust pour l'aymer,
71 Mais eussay-ie pensé les Deïtez lasciues, S'allier aux mortels de leurs fiâmes captiues: Aux femmes mémement soustraire leurs épous,
74 Crime du simple nom abominable à tous. Venus est excusable accolant son Anchise, Et de l'enfant de Myrrhe enchainant la franchise, [312]
77 Cela n'estoit au pris rien qu'vn léger ébat, Car l'vn & l'autre d'eux viuoit en célibat. Où toy de ton essence & de ton grade indigne,
80 Sans pudeur ma moitié me subornes maligne, Où toy qui du forfait le deusses chastier, Soufles de son amour l'adultère brasier,
83 Attire son larcin receleuse indiscrette,
Pariure à ton vieillard que le sommeil arreste.
POLIDAME.
Surseez vos regrets, i'enten quelqu'vn venir. PROCRIS.
86 Oste-toy ie le veux accorte entretenir,
Luy parler seul à seul, & luy faire ma plainte, Comme si du futur ie n'auois que la crainte.
POLIDAME.
89 Derechef ie vous prie que le nom soit celé De celuy qui vous a ses amours releué.
PROCRIS
Va, ie te le promets, esquiue de vistesse? ' CEPHALE.
92 D'où prouient mon désir l'apparente tristesse Qui flotte sur ta face & ternit sa couleur? Dy le moy pour partir entre nous la douleur.
PROCRIS
95 Vous sçauez le motif de mon cruel martyre, Mieux que le creue-cœur ne me permet de dire:
194 PROCRIS. ^ [v. 797-820
Helas! vous sçauez trop la cause de mon dueil, [313] 98 Dueil qui me conduira bien tost dans le cercueil.
CEPHALE.
Sçauoir qui te moleste, & au cœur te demeure, Si ie le sçay mon heur, présentement ie meure.
PROCRIS
1 Ces surnoms d'amitié ie ne mérite pas, Depuis que mon honneur approcha le trépas.
CEPHALE.
Pourquoy m'estimes-tu la poitrine fardée, 4 Qui couue vne vindicte en ma haine gardée.
Coupable d'vn délit ie n'ose m'asseurer. Et m'en ressouuenant ne fais que souspirer.
CEPHALE.
7 le te l'ay pardonné de bon cœur, & pardonne. PROCRIS.
Cela n'empêche pas que Procris ne soupçonne.
CEPHALE.
Hé! que soupçonnes-tu?
PROCRIS
Que iustement vengé, 10 Votre premier amour ne me soit étrange.
CEPHALE.
Soupçonner sans suiet procède de folie.
PROCRIS
Vn pertinent suiet a ce soupçon me lie.
CEPHALE.
13 T'ay-ie depuis vsé de pire traitement? [314]
PROCRIS
Vous ne m'auez traité que trop discrettement.
CEPHALE.
Ce trop discrettement sous vne pointe aiguë, 16 Pourtant mal à propos d'inconstance m'arguë. PROCRIS.
Il n'y a que les Dieux, & vous qui le sçauez, Et bien qu'il fust ainsi, de droit vous le pouuez. CEPHALE.
19 »Tout exemple mauuais aucun ne licencie,
»Notre gloire a le suiure en demeure obscurcie.