ACTE V
CEPHALE, PROGRIS, POLIDAME, L'AVRORE.
CEPHALE.
QV'attens-tu paresseux ? ta promesse te somme, Et encor Morphée de ses pauots t'assomme, Le sein d'vne Déesse est-il point suffisant [318] De secouer le ioug de ce sommeil pesant? Le sein d'vne Déesse ouuert à tes délices, 00 Faut-il que sur la plume attaché tu croupisses? 0 indigne cent fois de l'honneur! haste-toy La perte que tu fais négligent ramentoy, 3 Songe, songe combien sur sa bouche de rose, Sur sa bouche sucrée, & à demy déelose: Tu aurois moissonné de ces baisers qui font 6 Des esprits attirez vn extase profond, Baisers qui départis d'vne bouche si belle Peuuent plus que ne font ceux de la colombelle, 9 Milles petits amours enfantent a la fois, Capables de courber le monde sous ses lois : L'indiscret Phrygien ne permet que ie die 12 Le plus de ses faneurs d'vne langue hardie, Vn mystère sacré deffend les reueler.
Qui ne veux imprudent sa ruine appeller 15 luste punition, veu que la plus commune N'ayme pas que le bruit vulgaire l'importune, Veu que taire vn bien-fait est le moindre loyer, 18 Qu'en le recognoissant nous puissions employer, Allons, car le discours vn eôét nous demande, Ains des félicitez humaines la plus grande,
PROCRIS
21 Le faulsaire s'en va, de mon lit échapé, Comme le criminel de ses fers détrapé, Glissé d'auprès de moy qui faisois l'endormie,
24 Pour courir au giron de sa nouuelle amie, [319]
Luy porter ce qu'il m'a dérobé le voleur, Luy porter ce qu'il a d'amour, & de chaleur,
27 Le barbare m'at-il la nuit fauorisée
De la moindre caresse, & seulement baisée? Pour vne infinité de pleurs &: de sanglots,
30 Seulement, seuleuient la paupière déclos? Seulement retourné sa masse appesantie, Ains que telle il feignoit l'àiue ailleurs diuertie,
33 Et du simple deuis ma douleur consoler,
Daigné d'vn peu de dons mon fiel entremesler,
198 PROCRIS. [v. 935-972
Quoy que le médecin n'applique le remède,
36 A son sage conseil l'impatience cède:
Or ne faut-il le temps dissiper en discours, A ta conduitte i'ay (Polidame) recours,
39 Vien me mener au lieu, me montrer la retraitte De leurs honteux larcins, que ie me tienne preste, Que i'aille en ce délit mon traistre appréhender,
42 Et horrible a l'instant d'iuiures l'aborder, Mille poignans brocards vôiuis contre l'infâme, Qui sa couche, son nom, & sa troupe diffame,
45 Hastons-nous cher amy ? l'attente n'y vaut rien, Ce n'est qu'autant laisser dépérir de mon bien,
POLIDAME.
Madame suiuez-raoy, si ie ne vous les liure 48 Ainsi que desirez, que ie cesse de viure.
PROCRIS
0 désir misérable ! ô étrange désir !
Tu accrois mon dommage en me faisant plaisir,
CEPHALE.
51 le te rends grâce Amour du plus pur de mon âme. Qui m'as fait préuenir le retour de Madame, Du deuoir comparable au braue combattant,
54 Qui le son martial des trompettes n'attend, A se ruer vaillant, & chatouillé de gloire. Là part où l'étranger dispute sa victoire:
57 De même au rendez-vous le premier arriué, Elle verra comment ie n'ay point rétîué Lors que pour champ ouuert sa poitrine d'albâtre,
60 D'où iaïuais Cupidon ne descampe idolâtre, Me le voudra permettre, ha! qu'à l'heure employé L'honneur de la seruir ne m'est-il octroyé,
63 Afin de trauerser l'ennuy de son absence, le vay de quelque cerf épier l'innocence, Prester de fort eu fort, l'œil <k l'aureille au bruit,
66 0 cieux! à point-nommé le bon-heur me conduit Dans ce buisson prochain i'entends frémir la beste, Tenons-luy de ce dard la pointe toute preste.
PROCRIS
69 Retire-toy soudain, i'entends quelqu'vn venir? POLIDAME.
Ce les sont, ce les sont, il n'y a que tenir.
PROCRIS
Esquiue, que plus près tant soit peu ie m'aproche. CEPHALE.
72 Elle sort, sus mon bras de ta force décoche,