‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 3)Chapitre 144 sur 230 · V. 973-1002] TRAGEDIE · texte numérisé non relu

V. 973-1002] TRAGEDIE

PROCRIS

A l'aide, ie suis morte, helas! Cephale, helas! Pardone à ta Procris, pardone mon soûlas.

CEPHALE.

75 Ma Procris, ô malheur! ce nom, ce nom me tue, C'est fait, ie l'apperçoy chanceler abbatue,

PROCRIS

Mon cœur, ie te voye auant que trépasser, 78 Que i'aye encor vn coup cet heur de t'embrasser.

CEl'HALE.

M'embrasser scélérat, m'embrasser homicide, 0 cruauté du sort ! ô Deité perfide !

81 Ma ialousie est cause, & non toy du malheur, Ne rengrege donc point de plaintes ma douleur.

CEPHALE, Helas? tu as raison, les plaintes importunes

84 Doiuent s'approprier aux moindres infortunes. Les plaintes m'argûroient d'extrême lâcheté. Autre peine n'ayant contre moy* décrété,

87 Mais montre-moy l'endroit oîi tu te sens blessée.

PROCRIS

Pour la seconde fois dans le cœur trauersée, Vne fois de tes yeux, & l'autre de ce dard, 90 Dard, qui de nos moitiez va faire le départ.

CEPHALE.

Hé! Dieux! ce traitre dard m'acuse plus coupable. Il me rendra le Ciel, & la terre implacable. [322]

PROCRIS

93 Tu veux, désespéré me donner vne mort Plus cruelle cent fois, au lieu de reconfort.

CEPHALE.

(le veux, ie t'en coniure, & ie te le commande, 96 Non Guidant reparer vne faute si grande,

Cent supplices cruels ne vengent l'assacin,)

Que de ce même fer tu trauerses mon sein, 99 Où si tu n'as la force, impuissante, profère

D'vn clin d'œil ma sentence, & puis me laisse faire.

PROCRIS

0 Parque auance-toy, clos mes yeux, & ma voix ! 2 Qui d'agréable rien n'entens plus, & ne vois.

200 PROCRIS. [v. 1003-1046

Procris, hé! voudrois-tu, voudrois-tu chère épouse

Que le ruisseau vermeil de ta playe m'arrouse? 5 Que le meurtre de toy, en moy-merae commis,

De lamenter chetif il ne me soit permis?

Voudrois-tu bien mourir, & que ie ne mourusse? 8 Vn dommage encourir que ie ne l'encourusse,

Que seruiroit l'aymant de l'antique amitié?

Où seroit la constance, où seroit la pitié? 11 Tu crois (ie le sçay bien) mes regrets vne feinte,

Et mes vœux a présent chercher vne autre sainte

le me confesse atteint de quelque nouueauté, 14 Mais d'auoir conspiré si lâche cruauté.

Tué de guet a pens la moitié de mon âme, [323]

Vn trépas généreux étoufera ce blâme.

PROCRIS

17 lamais donques Minos iuge de l'Orque noir, Deuant lequel ie suis proche de comparoir, Ne me soit exorable, & que iamais Mercure,

20 De décendre la bas mon esprit n'aye cure: Qu'il erre après cent ans aux riues d'Acheron, Du passage fatal refusé par Charon,

23 Si ie te tien coupable en aucune manière, Si ce coup désastreux au sort ie ne réfère. Coup heureux, qui te laisse à ton contentement,

26 D'vne grande Déesse aymé parfaitemeut. Coup que ie meritois, profane, curieuse. D'inepte ialousie ardente, & furieuse,

29 Coup de soy fauorable, & mille fois humain. Pour gage donne-moy que ie baise ta main, Adieu Cephale, Adieu, ie n'ay plus de parole,

32 Permets que mon esprit sur ta lèvre s'enuole, Permets que ie trépasse entre tes bras aymez, Adieu, voilà mes vœux de tout point consommez.

CEPHALE.

35 Elle meurt, elle meurt ; helas ! elle est passée, Vn sanglot sa belle ame a dans l'air dispersée? Procris, chère Procris, ie ne te dis Adieu,

38 le veux du même fer mourir au même lieu, le veux malgré l'enuie, & du Ciel, & des astres, En vn braue trépas vaincre tous mes desastres,

41 Vaincre chère Procris la cruauté du sort, [324]

Qui me fait l'innocent organe de ta mort, le veux, ie veux te suiure en dépit de leur haine,

44 le veux finir ma honte, en finissant ma peine; Ils ne des-vniront ce que l'amour vnit, »Vn bon commepcement encore mieux finit,

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