‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 3)Chapitre 145 sur 230 · V. 1047-1074] TRAGEDIE · texte numérisé non relu

V. 1047-1074] TRAGEDIE

47 La tache de ma foy dedans mon sang lauée Ne paroistra non plus qu'entière conseruée, Que diferes-tu donc, couard, que tardes-tu?

50 Montre, montre en ce coup vne mâle vertu.

L'AVRORE.

Ha! demeure félon, demeure, qu'à la face I)'vne diuinité tel meurtre ne se face, 53 lî ne le permettray, ren ce qui m'apartient, ît voy de sens rassis celle qui te retient:

CEPHALE.

las! Déesse, voyez que tel présent m'aporte, 56 Voilà, par son moyen mon espérance morte, Voilà, voilà l'effet d'vne infâme rancœur. Votre dard de Procris ayant percé le cœur.

L'AVRORE.

59 le pardonne au tourment de ta douleur extrême, L'énorme impieté vomie en ce blasphème.

Mais comment t'est icy l'esclandre suruenu?

CEPHALE.

62 DVn palissant martel son esprit détenu,

L'auoit à son mal-heur de me suiure inspirée, Dans le buisson prochain d'embuscade attirée:

65 Moy qui vous atendois la iugeant au branler, [325] Helas! ce corps vous dit le surplus sans parler.

L'AVRORE.

Quel remède h cela? c'est vn coup d'auanture. CEPHALE.

68 C'est l'exécrable fruit de ma flâme pariure. L'AVRORE.

Tu n'es qu'exécuteur de l'arrest du destin.

CEPHALE.

le ne suis que d'vn feu l'exécrable butin.

L'AVRORE.

71 Les sœurs auoient filé sa trame de la sorte.

CEPHALE.

Les sœurs veulent aussy que ie la suiue morte.

L'AVRORE.

Tu la suiuras, ton cours naturel arriué. CEPHALE.

74 Apres auoir le sien de ce bon-heur priué.

202 PROCRIS. [v. 1075-1106

L'AVRORE.

»Celuy ne pèche point, qui pèche d'imprudence.

Touiours ma perfidie est motif de Toffence. L'AVRORE.

77 laçoit que les deffunts ne conuienne blasmer, Elle t'auoit apris l'inconstance d'aymer.

CEPHALE.

Son repentir assez re compensa la faute, 80 Où mes allechemens l'attirèrent peu caute.

L'AVRORE. [326]

Ton repentir égal la doit donc contenter? CEPHALE.

le doy comme les siens mes iours ensanglanter. L'AVRORE.

83 Non tu ne le dois pas, & ne le sçaurois faire. CEPHALE.

Hé! qui m'empêchera, résolu du contraire?

L'AVRORE.

La foy, que de nouueau consacre à ton amour, 86 Au lieu de ta Procris, la Princesse du iour, Conforme à tes désirs, à tes humeurs reduitte, Humble a l'extrémité pardessus ton mérite, 89 Pardessus ton espoir, qui représentera Ta femme reuiuante, & te contentera, Ne t'en ay-ie déia les arres auancées, 92 Capables d'assoupir ces plaintes élancées ?

CEPHALE.

Certes, sans vous aussi mes yeux n'ont plus d'obiet, Qui de languir icy leur donne aucun suiet,

95 Le Soleil odieux reluit a ma paupière, le foule dédaigneux la terre notre mère, le ne respire l'air qu'a regret, ie ne suis

98 Qu'vn gouffre de malheurs, vne bute d'ennuis, Vn enfer de tourmens, vn homme qui demeure Mort entre les viuans, n'ayant plus de bonne heure.

L'AVRORE. [327J

1 Ce vieillard empenné, qui racle de sa faux.

Par la longueur des iours le souuenir des maux,

Eteindra les douleurs de ton ame angoissée, 4 Or moy de te quiter en cet âccez forcée,

Atendant mon retour, te prie derechef

Prendre patiemment ce destiné méchef,

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