ACTE I
IVNON, EVRYSTHEE, HERCVLE.
IVNON.
NE vante plus lunon ta grandeur souueraine, Ne te dy plus des Dieux, & des hommes la Reine, à Cesse de te vouloir dauuntage exalter,
Pour seruir d'vn ombrage au lit de lupiter,
Pour estre d'vn époux infidelle deceuë, 6 Pour estre auecque luy de même tige issue: [334]
Toy Sparte désormais, belliqueuse Cité,
Accepte tutelaire vne autre Deïté; 9 Saraos donne tes vœux, offre tes sacrifices
A qui pourra des Dieux rendre ces bénéfices,
Impuissante ie cède a l'inuincible effort 12 D'vn bâtard de Thebain redeuable à la mort:
Mes haines, mes rancœurs, mes forces coniurees
N'éleuent que sa gloire aux voûtes Etherees, 15 Des labeurs, qui pensez m'épouuentent d'horreur,
Faciles il acheue, il y court sans terreur,
Couché dans le berceau qui ne faisoit que naître, 18 N'at-il mes deux serpens écrazé de sa dextre?
N'at-il depuis domté le lyon Nemean?
N'at-il depuis éteint le monstre Lernsean? 21 N'at-il depuis occis le sanglier d'Erimante ?
Le cerf aux pieds d'airain ses conquestes aumente,
D'Augie il a purgé l'estable, où de dix ans 24 Trois mille bœufs auoient leurs fumiers croupissans.
Transperçant vn dragon de ses traits homicides,
11 rauit les fruits d'or des iardins Hesperides, 27 L'Amazone vaincue, & le Thrace cruel:
Ses faits semblent vne eau de flus perpétuel.
Féconds, d'oresnaunnt ils surpassent le nombre, 30 L'innocent opprimé se retire a son ombre,
L'vniuers obligé célèbre ses vertus,
Erige ses honneurs sur les tiens abatus, [335]
206 ALCESTE. [v. 33-78
33 Luy dresse des autels, & d'vne voix commune, (0 comble furieux de ma iuste rancune!) Assigne à ses labeurs vne place la haut,
36 Dit qu'au nombre céleste enrôler il le faut, lupiter affectant cette race adultère, Montre assez consentir au lâche vitupère,
39 L'Olympe vénérable en foisonne polu ;
Sus, lunon, d'vn courage ardamment résolu Bande-toy les esprits à l'extrême riiine
42 De ce germe auorté d'infâme concubine : Semele a ressenty l'ai^^reur de ton courrons, Quoy que son fruit flambant de la Parque recous;
45 Là tu perdis la mère, icy que ta vengeance Consomme en sa vigueur vne monstrueuse engeance, Trébuche du sommet de ses prosperitez,
48 Ce Géant, qui les Cieux croit auoir méritez, Tu le peux au refus de la troupe céleste, L'Acheron pitoyable, & fléchible te reste,
51 Ton plus ieune germain ta victoire obtiendra, Ton phis ieune germain ta querelle prendra. Confine' sous l'horreur de ses nuits éternelles,
54 Des peines tourmenté qui sont plus criminelles, Plus que ton effronté suborneur d'Ixion: Pourrois-tu désirer autre punition ?
57 Procédons à l'effet qui ma décend légère. Sans vouloir employer Iris ma messagère, De l'Olympe au palais d'Euryste, que voicy, [336]
60 Comme ie desirois qui s'achemine icy.
Prince Mycénien, l'heure, l'heure est venue, Que l'ennemy commun nos soucis diminue,
63 Qu'impuissant d'obéir ie courbe sous le fais, Que le dernier funeste efface tous ses faits; Tu n'as que d'exercer le droit de ton Empire,
66 Moy de te suggérer l'industrie, & la dire.
EVPtISTEE.
Grande Saturnienne, à ton puissant secours
Pauray iusqu'au tombeau mon vnique recours; 69 De toy ie tiens ce sceptre, & ta faueur me donne
D'estre craint de celuy qui l'vniuers étonne;
Commande ie suis prest d'obeyr a ta vois, 72 Du cœur & des genoux incliné tu me vois.
IVNON.
Puis que la terre ingrate a trompé nôtre attente,
D'y seuier des trauaux plus outre ie ne tente, 75 Laissons à l'auenir ces monstres en repos,
Vn de ceux de l'enfer choisissant à propos.
Cerbère, ce portier implacable d'Auerne, 78 Mâtin triple-gozier, qui garde en sa cauerne;