V. 79-124] TRAGEDIE
Les esprits deualez au nocturne séjour, De passer derechef à la clarté du iour;
81 Tiphon le procréa de la nuit infernale,
Qu'exécrable d'horreur, l'horreur même n'égale Ses abois sont de flâme, & de soufre mêlez,
84 De serpens sa crinière en nœuds retortillez,
iSi que passant auprès, les ombres trépassées [337]
Meurent vne autre fois de sa crainte glacées:
87 Donne-luy de ma part en teste l'ennemy, Affirme que son los imparfait à demy.
Demande cet exploit de courone accomplie,
90 Que la terre domtee il faut que l'enfer plie, Que t'a menant captif l'Erebique mâtin.
Immortel il aura triomphé du destin;
93 lustement mérité, mal-gré ma ialousie
(Fait compagnon des Dieux,) goûter leur ambrosie, Qu'après, tu ne pretens, tu promets n'exiger
96 Hommage quel qu'il soit qui l'expose au danger: Dépêche, embrasse-moy ce mandement fidèle, Par luy i'épreuueray la ferueur de ton zèle.
EVRISTEE.
99 Tant de fois alléché de ce trompeur apas, Aux périls i'ay porté son courage, & ses pas, R'enflammé sa valeur à de nouuelles peines, 2 Que ie doute honteux de mes prières vaines. Déesse, & ton courons ce me semble lassé. Se deust en son endroit contenter du passé; 5 L'vniuers a pitié de son sort déplorable, Et plaint qu'à ses vertus tu sois inexorable.
IVNON.
Ha ! plutost que cesser, plutost que pardoner 8 A ce fils de riuale, & ne l'exterminer, L'Océan immobile ombragera ses ondes De bocages, de fleurs, & de jauelles blondes,
11 L'abeille auparauant les frelons aymera, [338]
La glace dans le feu ne se consommera, Parauant les déserts de l'Afrique altérée
14 N'auront plus de serpents, ny d'areine dorée, Les Scytes deuiendront nauigables plutost. Que d'adoucir ce fiel que ma poitrine enclost,
17 Que de ne l'afljger, que de ne le poursuiure, Tant qu'ôté de mes yeux il cessera de viure, Tant qu'il ait de sa teste expié le délit
20 D'Alcmene, dérobant lupiter de mon lit:
N'importe la rumeur du vulgaire des hommes, Faites a l'endurer de longue-main nous sommes,
23 Vulgaire, qui l'ofténce en son particulier Estime irrémissible, & ne peut l'oublier:
208 ALCESTE. [v. 125-160
Combien, combien au prix de cette troupe abiette, 26 lunon de l'endurer est-elle moins suiette? Mais toy pauure abusé, que presumerois-tu D'Alcide permettant sommeiller la vertu?
29 Actiue de nature, à faute d'exercice,
Elle t'arracheroit de ses trauaux complice, Et le sceptre, & la vie, auise seulement, 32 De le rendre au trauaiî, son premier élément; Ta seureté dépend d'oii dépend ma victoire. Tu en as le profit, ie ne veux que ma gloire.
EVRISTËE.
35 L'arrest irreuocable en ton sacré conseil, le ne m'efibrce plus d'obscurcir ce Soleil, Ayant l'occasion de le veoir oportune, 38 Qui dans ma cour se trouue à l'heure de fortune. [339] IVNON.
Parle bas, le voicy; ie regaigne les airs.
EVRISTËE.
Dieux! comme en vn clin d'œil visible ie la pers! 41 Quel soudain tourbillon, quel nuage l'emporte? Pouuoir digne vrayment du titre qu'elle porte.
SCKNE IL
HERCVLE, EVRISTËE.
HERCVLE.
Ton visage paroist d'vn homme soucieux, 44 Quelque auertissement est arriué des Cieux, Hercule trop long temps inutile seiourne. Le pié hors des dangers, tu veux qu'il y retourne.
EVRISTËE.
47 Oncques pour ton suiet ie ne creu de dangers. Ils craignent ta présence, & la fuyent légers. Par tout la seureté ton courage accompagne,
50 Et de te les nommer de ce nom ie ne daigne, Ces monstres, ces tyrans, subiuguez aux combats, A tu valeur ne sont rien qu'enfantins ébats,
53 Ce ne sont qu'eschelons, qui ta vertu sublime Montent dedans le Ciel, sa palme légitime: Reconnoy que sans moy ton beau los espaudu,
56 De ta naissance n'eust tesu)oignage rendu,
Que les hazards offerts t'ont fourny de matière, . De champ, & d'aiguillons a vne gloire entière,
59 Entière, vn petit point qui luy reste excepté, [340] Point, que plutost que sçeu tu auras accepté.