ACTE un
ARIADNE SEVLE.
29 IT) 'Asséure ma frayeur, embrasse-moy, Thésée,
p^ Vn dragon me deuore a sa rage exposée,
-■-^ Le voilà, le voila, qui s'enfuit, ie le voy, 82 0 prodige, ô fantôme exécrable d'etfroy !
Songe sorty d'enfer, & conceu de ses formes,
Qui peuplent son cahos d'horreurs toutes énormes? 35 Thésée à ce besoin repousse le sommeil.
Qui si profondement enueloppe ton œil;
A faute de la voix mon cœur, que ie te touche, 38 Où es-tu? quelle part te retient de la couche?
Helas! ie ne sen rien, ie ne sen rien helas!
Mes bras de s'alonger d'orénauant sont las, 41 Ma dextre a recouru le lit de place en place.
Et ne rencontre rien qu'vn vuide en son espace ;
Les soucis t'auroient-ils, les soucis épineux, 44 Plus qu'à l'accoutumée éueillé matineux?
Oiiy, tes propos d'hier s'y rapportent, le somme
Continu de la nuit messied a vn tel homme; 47 Sus, sus donques alons au riuage le veoir,
Alons notre Orient de ces yeux receuoir,
Hardy I. 17
260 ARIADNE. [v. 749-797
Alons luy raconter l'illusion passée : [427]
50 Las! de quel autre effroy tremblante reglacee?
Qui de soudaine horreur me hérisse le chef!
Qu'auroient brassé les Dieux contre moy de méchef? 53 le n'enten que les flots abbayer au riuage,
Objet ne m'apparoist, que ce désert sauuage ;
Où la pointe des matsV oii l'ancre qui mordoit, 56 Geste arène creusée? & les chables tendoit?
Ingrat, m'aurois-tu fait l'irréparable iniure
De t'en aller sans moy ? l'aurois-tu fait panure ? 59 Te serois-tu cruel dérobé de mon cœur?
Qui te suiura malgré ton inique rancœur?
Il est, il est trop vray, le traître a pris la fuite, 62 Le voleur m'abandonne au desespoir réduite;
Découurons de ce tertre, ha! ie voy là deuant,
le voy blanchir encor ses voiles pleins de vent, 65 le voy ma chasteté floter dessur les ondes,
l'oy les vents soupirer de mes douleurs profondes,
La mer impitoyable est émeuë a pitié, 68 De voir si méchamment dissoudre vn' amitié. Thesee enten ma voix, où ces mains que ie plie
Ne rejette des yeux, pense à qui te suplie, 71 Et retourne ta prouë exorable a ce bord,
Et mes bien-faits receus ne paye de la mort,
Et retourne quérir la moitié de ton âme, 74 Qui ta miséricorde innocente reclame :
Sans elle, ton vaisseau n'est chargé qu'à demy,
Sans elle tu n'auras Neptune qu'ennemy, [428]
77 Sans elle tu n'auras sur les vagues chenues,
Que des bourreaux en teste, & des morts continues;
L'aleine d'vn zephire vn orage sera, 80 Qui tes cheueux transis d'horreur hérissera;
La vague lancera de sa moindre colère,
Vne crainte en ton sein de la peine dernière: 83 »Le coupable n'a point de lieu de sûreté,
»I1 estime le Ciel de tomber apresté
»Sur sa teste impiteuse, & la terre offensée, 86 >Chaque pas le deuoir engloutir courroucée. Retourne donc ingrat sur tes humides pas.
Irrémissible encor ton offence n'est pas; 89 »Qui se repent à tems excusable, supprime
>Le mérité supplice, ains la tache du crime:
Retourne mon Thesee, helas! que dy-ie mien, 92 Tu le fus autrefois, tel que tu es reuien,
Au refus de me mettre en vn coin de la barque,
le t'absous de pariuie, & me liure à la Parque, 95 M'exempte des rigueurs d'vne rage de faim;
Le coup mortel ne peut me blesser de ta main,
Il abrège mes maux en abrégeant ma vie,