V. 289-314] PASTORALE
DRYADE Plaisante histoire, acheue,
SATYRE
D'auanture Elle a senty sa légère pointure, 91 En maniant les déloyales fleurs,
Qui m'ont produit ce malheur des malheurs.
DRYADE
Donques fais-tu Corine ton idole, 94 Si le cœur est conforme à la parole?
SATYRE
Le doux aymant de ses perfections, Vne excellence es moindres actions 97 Traine mon âme en triomphe captiue, le l'ayme, & veux aymer tant que ie viue.
DRYADE
Dé-ja sur l'â^e elle deust neantmoins, 00 De tel orgueil retenir vn peu moins.
SATYRE
Cent mille attraits que sa grâce possède,
DRYADE
Le nombre passe, & ma créance excède. [468]
SATYRE
3 Reparent bien la perte d'vn printems. Qui l'abandone il n'y a pas Ion tems.
DRYADE
Bref, que tes yeux se l'imaginent belle.
SATYRE
6 Et que mes feux glacent cette rebelle.
DRYADE
Change pour voir, busqué fortune ailleurs, Tu treuueras tant de partis meilleurs.
SATYRE
9 Vnique obiet logé dedans mon âme, Autre ne peut succéder à sa flâme.
DRYADE
Ton désir a de foibles aiguillons, 12 Voyant vn front qui se ride en sillons.
SATYRE
Il m'apparoist plus poly que la glace.
DRYADE
Vn charme aueugle en tes sens treuue place.
282 ALPHEE. [v. 315-348
15 »Soit charme où non, qui se sçait contenter »De peu, ne doit dauantage tenter.
DRYADE
Oûy, mais ce peu ta puissance surmonte,
18 Si que de toy l'ingrate ne fait conte, De toy que deust quelque ieune beauté, Tenir heureux parmy sa priuauté, [469]
21 De toy, qui es des Satyres la gloire.
SATYRE, l'ay beau luy dire, elle n'en veut rien croire.
DRYADE
Dispost, alaigre, inuentif, courageux, 24 Propre à la luite, à la dance, & aux jeux. Que craint la troupe infernale, régie Sous les secrets de ta noire magie.
SATYRE
27 Corine excelle en ce même sçauoir, Qui d'alléger mes douleurs n'a pouuoir.
DRYADE
Tu guériras, fusses- tu plus malade, 30 Le conseil pris que done vne Dryade.
SATYRE
Quel?
DRYADE
Tes désirs autre part attachez, De la tenir au rang des vieux péchez, 33 le te promets alors vne raaistresse ;
0 pauure Nymphe à toy-même traîtresse, Ta pudeur sort des bornes du deuoir, 36 Adieu Satyre, Adieu iusqu'au reuoir.
SATYRE SEVL.
La vérité de sa bouche échapee,
Dedan mes rets la prouue enuelopee, 39 Ma bone grâce au vif certes l'ateint,
Si ie ne suis tant délicat de teint, [470]
Sans fard on m'ayme, & cependant Corine 42 Me reproche ore vne barbe bouquine,
Tantôt ce front martial, nourissant
Deux cornichons, tels qu'vn ieune croissant; 45 Garde qu'en fin superbe, rigoureuse.
De ton refus vne autre viue heureuse,
Qu'impatient aux outrages souferts, 48 Elle rauisse vn trésor que tu perds;