SATYRE, DRYADE
SATYRE
55 ^TN plus chetif ne respire le iour,
y Tout réussit contraire a mon amour, Le Ciel ialoux ne pouuoit sa rancune 58 Mieux opposer à ma bonne fortune,
De mes trauaux mieux perdre le fruit meur,
L'heure commode, & prise en belle humeur, 61 le la voyoy rire dé-ja dans l'âme, [466J
Dé-ja s'éprendre aux rayons de ma flâme,
la la voyoy se plaire a ce présent, 64 D'auoir sa grâce à l'heure suffisant,
Si quelque Erine en cette mouche enclose,
Et embusquée es replis d'vne rose, 67 L'occasion n'eust rauie à mes vœux,
Qui se laissoit empoigner les cheueux:
Pauure Satyre, ha! que ce coup d'orage, 70 Coup impourueu t'éraousse le courage !
Désespéré, confus, vague d'esprit,
Oncque malheur pareil ne me surprit.
DRYADE
73 Quelque accident d'amoureuse disgrâce
Te fait gémir, & se lit en ta face,
Donc à l'écart sur le fleurage assis, 76 Declare-moy qui cause tes soucis.
SATYRE
Passe chemin Dryade, où sans mot dire Creuse vue tombe a ce mourant Satyre.
DRYADE
79 Helas! de vray ta couleur pâlit fort, Choisy plutost mon chesne de suport, Non, pour le mieux, couchez ensemble à l'ombre, 82 Sur ce gazon recite ton encombre.
SATYRE
Vne homicide, vne ingrate beauté.
De son seruice exclut ma loyauté; 85 Corine helas ! [467]
DRYADE
Quelle mouche la pique?
SATYRE
Tu parles Npmphe en esprit prophétique.
Rien qu'vne mouche, en des fleurs que i'offroy, 88 De son courous ne m'imprime l'effroy.