DRYADE, SATYRE
DRYADE
LAsse de perdre vne ocieuse peine, Presque sans voix, sans force, sans haleine, Qu'vne sueur baigne par tout le corps,
La forest n'a détours, grotes, ne forts, 29 Sources, fonceaux:, ne cauernes moussues,
Ombrages frais, promenades, issues,
Bref aucuns lieux, où pouuoir plus chercher, 32 Le beau Soleil de mon Satyre cher!
Qui sçait helas!, si Diane amoureuse
L'a point rauy de ses baisers heureuse? 35 Le tient reclus nouuel Endymion,
Dedans quelque antre a même occasion?
Il me souuient qu'a la proche saussaye, 38 Par fois de l'arc le folâtre s'essaye,
Puis exercé désirant sommeiller,
Là sur les fleurs choisit son oreiller: 41 Vn bon amour m'inspire vn bon augure,
Et i'entre-uoy sa céleste figure,
Que tient Morphée à l'ombrage étendu, 44 Semblant auoir ma venue atendu:
Sus donc mes yeux, que l'on admire à l'aise
Tant de beautez qui m'emplissent de braise: 47 Sus donc mes yeux faites vn long repas [489]
De ces beautez votre mortel apas ;
Ce front sanguin sous sa rouge teinture 50 Montre vn amant de robuste nature;
Cette perruque a parmy l'époisseur
le ne sçay quoy de luisante noirceur, 53 Qui me plaist plus que ces blondes frisées,
De l'artifice, & du fard composées;
Apres ce nez me contente, aquilin, 56 Nez de qui penche à l'alégresse enclin;
Sa bouche plus que la rose vermeille.
M'excite en l'âme vne ardeur nompareille, 59 De la baiser auidement, n'estoit,
Qu'vn réueil proche apréhender on doit.
SATYRE
Fiere Corine acole ton Satyre,
DRYADE
62 Dormant il réue, & me prouoque à rire; Or te peux-tu préualoir d'vn bon tour, Ceins-luy de fleurs le chef tout à l'entour,