V. 1253-1290] SE SACRIFIANT
ANNE
Epoinçoné du tan qui l'emplit de fureur, 54 Tu ne t'excuserois sur vn pareil erreur.
^NEE
Que me commandez vous premier que ie vousquite?
Prendre ma sœur, & moy, compagnes de ta fuite.
^NEE
57 Aussy le serez- vous, veu que le souuenir. Inséparablement nous ioint à Tauenir; Que hormis les faneurs du deuis concédées,
60 Mon âme se paistra de vos belles idées. Parlera du penser, & les reclamera, Tant qu'vn esprit vital ce corps animera
63 Outre, que ie promets, ma fortune affermie. Apres le long courroux d'vne Diue ennemie. Apres auoir nos Dieux, nos chers pénates mis
66 En ce lieu de repos par les destins promis,
Dans Cartage reuoir ma fauorable Elise, [55]
Luy requérir mercy de l'offence commise.
69 S'il y a quelque oflence où la contrainte a lieu. Or n'ay-ie plus loisir de retarder, a dieu, A dieu, viuez touiours heureuses, & contentes,
72 Mon destin me remet sur les plaines flotantes. Les vens soufflent a gré, qui maintenant perdus, Seroient vn siècle en vain quelquefois attendus.
ANNE
75 ^née, Mnée helas! arreste inexorable,
Auant que de partir meurtry-moy misérable, Moy, l'infâme motif des douleurs de Didon,
78 Qui souflay dans son sein l'impudique brandon, Moy, qui de ses vertus, qui de sa chaste gloire, Damnable conseillère étoufay la mémoire,
81 Las! comment a ses yeux paroistray-ie iamais? Qui ne m'atribùra la coulpe désormais? Qui ne m'estimera du perfide complice,
84 Mériter le tourment de l'extrême suplice ? 0 Anne désastreuse! ô funèbre rapport!
0 cruauté d'amour! ô cruauté du sort!
87 0 qu'vne femme doit ne commettre légère, Son honneur au serment d'vne flâme étrangère: Si faut-il malgré-moy se résoudre d'aler,
90 D'vn espoir de retour sa fureur consoler.
48 DIDON [v. 1291-1332