‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 3)Chapitre 34 sur 230 · V. 1175-12121 SE SACRIFIANT · texte numérisé non relu

V. 1175-12121 SE SACRIFIANT

^NEE

Aux corps effeminez appartient ce scrupule,

76 Des climats, pour le mien, la cUfterence est nulle, Me plaindre de vos mœurs? barbares les nommer. Qui m'auez recueilly pèlerin de la mer?

79 Panure, nu, souffreteux, & réduit à l'extrême, One il ne m'auiendra de vomir ce blasphème, One il ne m'auiendra de n'honorer le iour,

82 Que Didon me reçeut en sa ville, en sa Cour,

ANNE

Tu crains de t'asseruir à si petit Empire.

^NEE

Possible qu'en vn moindre, en l'Itale i'aspire. ANNE.

85 Faute de peuple elle a de sufisans trésors,

Sous vn chef comme toy, pour acroistre ses bors: Didon, ne manque plus que du guerrier Aenée, 88 Argument qui chez nous borne ta destinée.

^NEE

Didon n'a pas besoin de si foible support. Mise au contentement que i'espere du sort.

ANNE

91 Las! enten le surplus de son humble requeste,

S'il poursuit obstiné sa fatale conqueste,

Elle en parloit ainsi que sourd à la raison, [52]

94 Ce soit à tout le moins sans forcer la saison,

Sans vouloir s'asseurer d'vn élément perfide,

Lors qu'à sa plus grand rage il a lasché la bride, 97 Lors que les Aquilons contre-luitent les flos,

Lors que le nauigage au marinier est clos;

Que Thetis de momeut en moment se mutine, 00 Lors que proche du doigt il touche sa ruyne !

Ascaigne à mon défaut, Ascaigne vn innocent,

Luy deust faire guéer le goufre où il descent, 3 Reuoquer ce conseil, qui tient du téméraire,

Tel voyage remis au printems à parfaire :

L'occasion de fuir ma couche, mon palais, 6 Moy contente du nom d'amie désormais?

N'espérant plus de luy qu'vne faueur commune.

Las! helas 1 voilà bien auilir sa fortune, 9 Voila bien s'abaisser sous vn tyran vaincœur,

Et qui du plus saunage amoliroit le cœur.

.ENEE.

le ne dis pas que non, blecé de sa bleceure, 12 Navré d'vn mesme trait, ô Anne, ie t'asseure,

46 DIDON [v. 1213-1252

l'ateste de Phœbus l'éternelle clarté, Que sur mes actions ayant la liVjerté,

15 Derechef ie te iure, & du plus sain de l'âme, Qu'en ce cas, d'inhumain i'éuiteroy le blâme, Que ie voudroy touiours mon Elize adorer,

18 Et de ses dous regars l'influence tirer, Et ioiiir du repos que son lit uie prépare ; Mais helas! vn destin contraire m'en sépare, l^^J

21 Mais le décret céleste au départ me contraint, Et dans ce propre iour de terme le restraint: Décret reïteré du fils de Maye encore,

24 Que l'aube ne f'aisoit que sa lumière éclôre, Oiiy Mercure enuoye' de son père tantôt. Me commande quiter vostre havre au plustôt,

27 Sur peine d'encourir quelque désastre horrible; luge, si résister n'excède le possible De tout homme deuot; 11 faut, il faut marcher,

30 Et me deussent les flots dans leurs goufres cacher: Mainte-fois plus enflez d'vne écumeuse rage, L'air éclatant de feux, le Ciel troublé d'orage,

33 Rien à l'entour de nous qu'vne image de mort, l'ay neantmoins franchy la tempeste plus fort : l'ay fermé sous l'espoir de nos Dieux domestiques,

36 Preserué iusqu'icy les Troyennes reliques : D'estre plus du salut dVn enfant curieux, Qu'acomplir menacé le mandement des Cieux:

39 lamais, la pieté leur appartient première,

Comme ils veulent de nous vne asseurance entière. Que l'on croye du tout leurs oracles receus,

42 Par qui les vertueux onc ne furent deceus.

ANNE

Sous ombre d'obseruer l'ordonnance céleste, Liureras-tu ma sœur à la Parque funeste ?

.ENEE.

45 »L'extrême violence ez maux ne dure pas, ANNE.

Tu dis vray, car ils ont le remède au trépas.

.ENEE.

Sa constance a paré des reuers de fortune, 48 Pires, il t'en souuient, qui l'éprouuas commune,

ANNE, Vn meurtre luy causa de griefues douleurs, Mais ce n'estoit au prix que roses, & que fleurs. .ENEE.

51 Saturne ce vieillard a la faux empennée, Aura tost effacé la mémoire d'JEnée,

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