DIDON, BARCE, ANNE, CHŒVR DE TYRIENS, MESSAGER
DIDON
31 TTjRéparée à la mort, icy ie m'achemine,
1""^ Pour accomplir sur moy la vengeance diuine,
-*- Pour attendre vne fin de trépas renaissans, 34 A toy Sichée, h toy victime ie descens,
Sous l'ombre des honneurs d'vn bustuaire office.
De moy-mesme ie vay te faire sacrifice; 37 Cartage communique au spectacle impourueu,
Ainsy que mon forfait, adultère elle a veu;
Combien des enuieux de ta grandeur prospère, 40 Tu auras à soufrir, orpheline étrangère?
Combien de maux à coup t'enuironnent le chef,
le l'aprehende plus, que mon propre méchef:
58 DIDON [v. 1743-1786
43 Mais lunon supléra de sa toute-puissance, [73]
Au dommage que peut aporter mon absence: Il faut sortir de peine, il faut dorenauant
46 Aller libre d'esprit vn proiet acheuant, Magnanime, pieux, autant que mémorable, L'occasion venue à son point fauorable.
49 Barce, Barce, va-t'en ma germaine haster. Venez au sacrifice, ensemble m'assister, Elle dans l'eau d'vn fleuue auant purifiée:
52 Ta temple ceinte autour d'vne bande liée, Bande sacre à l'honneur de lupin Stygien, D'hosties au sur plus, qu'elle n'obmette rien:
55 Va, ie veux accomplir l'œuure bien commencée. De point en point, ainsi que ie l'auois pensée,
BARCE
Nous vous obéirons, heureuses de pouuoir 58 Ores participer à ce pieux deuoir ;
Mais Jas! quelle pâleur décolore sa iouë?
Comme ces yeux ardans de fureur elle roue? 61 L'indice m'épouuante, & conçois vn soupçon
Pire que de ton meurtre, ô mon cher nouriçon :
Détournez immortels, diuertissez de grâce, 64 L'attentat si quelqu'vn en son âme se brasse,
DIDON
Tu es seule, ma sœur, que ie regrette plus, Que ie pleure ce corps, au sépulcre reclus;
67 L'inuiolable amitié qui nous auoit vnies. Ourdira tes douleurs, par les miennes finies. Le sceptre, qu'épineux ie te cède au trépas, [74]
70 Ton incroyable deuil ne modérera pas ;
En danger que bien-tost tu me suiues sous terre, Comme l'orme au tombant entraine son lierre :
73 En danger que tirée au destin de Didon, Tu ne fauches l'espoir des pères de Sidon : 0 fâcheux labyrinthe, où touiours retombée,
76 Ma constance de moy s'écoule dérobée !
Sus, sus, composons-nous de constance, & de vois: Feignons mieux espérer deuant ce peuple épois,
79 Deuant ma sœur qui vient, malheureuse trompée, M'apporter du Troyen la secourable épee.
Anne, approche, tens-moy ce que tu tiens icy,
82 Gardant qu'aucun après me trouble mon soucy.
ANNE
Les taureaux sont-ils prêts? leur efusion sainte? Qu'aucune loy ne soit aux trépassez enfrainte : 85 Que la Prétresse trouue a Tautel bien paré. Ce qu'elle commanda qu'on luy tint préparé,