‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 3)Chapitre 43 sur 230 · V. 1787-1830] SE SACRIFIANT · texte numérisé non relu

V. 1787-1830] SE SACRIFIANT

Parfaites à loisir deuant le sacrifice, 88 Ce qu'aurez sçeu, requis a son funèbre office :

Diligente ie cours le surplus ordonner,

Barce auise tandis, de ne l'abandonner.

CHŒVR.

91 Croyez, que la Reine contrainte,

Déguise vne extrême douleur,

L'accent, & l'instable couleur, 94 Ne dêuoilent que trop sa feinte :

Et le glaiue en ses mains offert, [75]

Nous ne deussions auoir soufert.

DIDON

97 Suprême Deïtez vainement reclamées, Ne tenez désormais vos oreilles fermées A ce peu que ie veux, mais iuste, requérir,

00 Contre mon homicide auant que de mourir ! Imployables, tandis que ie filay ma vie. Fléchissez au suiet qui me l'aura rauie, 3 Que cet ingrat, ce traitre, & inique motif, Ce faussaire affronteur, sans cesse fugitif, Sans cesse enuelopé de guerres suruenës, 6 Acablé sous le faix des pertes soutenues, Exécré, poursuiuy des hommes, & des Dieux, Aux siens finalement, à soy-mesme odieux, 9 Tombé deuant le iour, & pour dernière peine Demeure enseuely au milieu de l'areine, Que les siens, en Itale esperans du repos,

12 Vn vengeur belliqueux, qui sorte de mes os, Renuerse leur Estât, les pille, les détruise, Vaincus, au desespoir mille fois les réduise.

15 Et vous, ô Tyriens, ie vous coniure tous

De n'éteindre enuers eux vn trop iuste courrons: Obligez vostre Reine, & sa muette cendre,

18 De ne vouloir iamais a la paix condescendre : Que dés l'heure tantost aux siècles aduenir, Nulle espèce d'acort ne soit pour vous vnir,

21 Immortels ennemis, du tout en tout contraires,

Nos riuages aux leurs opposez aduersaires, [76]

L'onde contraire a l'onde, & a l'vn l'autre port,

24 Les neueux guerroyans tombez en mesme sort,

CHŒVR.

D'vn desespoir d'amour éprise.

Elle touche sous mots couuers, 27 lettant des regars de trauers,

Vne furieuse entreprise;

Approchons plus près du bûcher, 30 Afin de pouuoir l'empêcher.

60 DIDON. [v. 1831-1861

DIDON

0 dépouilles iadis doucement fortunées,

Tant qu'vnDieu le permit, qu'il pleust aux destinées : 33 Glaiue en intention, plus humaine receu,

Cet' âme receuez que vous auez receu,

Ostez-moy du tourment, des soucis que i'endure, 36 Tay deuidé le cours de ma fortune dure,

l'ay vécu, i'ay construit vne belle Cité,

Tay vengé mon époux de la férocité 39 D'vn beau-frere homicide, & ores ma grand'ombre,

Sous terre ira des morts croistre le dolent nombre.

Heureuse, helas! par trop, heureuse, si sans plus, 42 Nôtre riue eust les naux Phrigiennes exclus :

Nous mourons sans vengeance, ilest vray, que m'importe?

Mourons, ie veux aler aux ombres de la sorte : 45 Voye, voye ce feu, messager de ma mort, [77]

Le barbare impiteux, qui me la donne a tort:

Qu'aperçeu dessur l'onde, il luy allume en l'ame, 48 De coupables remors vne éternelle flàme,

Dieux! ie vous en supîie vne dernière fois,

Sus, perdons la douleur, la lumière, & la vois,

BARCE

51 Au meurtre, elle se tuë,

CHŒVR.

ô prodige éfroyable!

Courons, pour retenir sa dextre impitoyable.

BARCE

Helas! il n'est plus tems, ce beau sein trauersé, 54 L'ame fuit dans le sang à gros boiiillons versé.

CHŒVR.

0 ville désolée !

BARCE

ô chétiue vieillesse!

CHŒVR.

He! d'où vient que sa sœur, à son besoin la laisse?

BARCE

57 La cruelle luy a exprès commis le soin De sacrifice, afin de la tenir plus loin.

CHŒVR.

0 rage furieuse! ô maudite iournée!

BARCE

60 0 céleste rancune, à nous nuire ostinée!

ANNE. r78]

Amis, quel accident vous prouoque ces cris?

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