‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 3)Chapitre 5 sur 230 · DE FRANCE · texte numérisé non relu

DE FRANCE

MONSEIGNEVR, Ce petit ouui-age se iette en la franchise

a de votre Autol, comme au plus accessible,

& glorieux , oii les Muses Françoises treuuent iournellement vne inuiolable seureté, oîi elles

6 appenJent chacune a l'enuy de ces couronnes qui immortalisent leur protecteur. Au surplus, la vérité m'émancipera de dire en faueur de ma

9 [4] profession, que le style Tragique toujours ocupé par les actions les plus releue'es de la vertu, ne sçauroit que plaire à celuy qui en réduit à toutes

12 occasions les paroles en étet, comme Phœnix perpétué de l'vne des plus Illustres & anciennes maisons de France, en laquelle depuis Charle-

j5 magne vne infinité d'Achiîles se célèbrent par l'oracle de l'Histoire, & ralument en vous (Monseigneur) le flambeau d'vne renommée, qui ne

18 sçauroit moins durer qiie le monde. Or sans décendre plus auant en ce labyrinthe de louanges, qui oliencent plus leur suiet qu'elles ne le glori-

21 fient, et pour n'imiter ces méchants orfèvres, qui veulent emprisonner l'escarboucle dans quelque chaton sans artifice, et sans valeur, le me con-

24 tenteray a l'exemple des Médecins, qui disposent les malades à la réception de quelque drogue, salutaire en son amertume , de coniurer vostre

27 clémence (si d'auenture elle daigne donner quelques heu[5]res perdues a la lecture de ce liure,) de pardonner à cette mrdu vigueur que désirent les

30 vers Tragiques, a peu près comparables aux Dames vertueuses, qui ne veulent emprunter leur beauté que de la nature; vers qui demandent vne égalité

33 par tout, sans pointes, sans prose rimée, sans faire d'vne mouche vn Eléphant, & s^ans vne artiste liaison de paroles aft'ectées, ampoules d'eau plus

36 propres à délecter la veue des petits enfans, qu' à contenter vn esprit solide, & iudicieux, tel que le vôtre (Monseigneur) qui me promet la sou- Hardy I. 1

39 scription d'vne tant ciuile, & équitable requeste, en laquelle consiste, outre le gain de ma cause, vne perpétuelle obligation de demeurer, MONSEIGNEVR,

Vostre tres-humble & tresobeissant seruiteur.

Page 1