‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 3)Chapitre 74 sur 230 · V. 35-78] TRAGEDIE · texte numérisé non relu

V. 35-78] TRAGEDIE

Désormais possesseur du sceptre Lydien,

36 Fay bruire ta valeur au riuage Indien, [l'^^l

Du Scythe au Garamant elargy tes conquestes, Le Ciel prest a tomber n'intimide nos testes,

39 Sous ta sage conduite, infatigable Mars,

Nos lauriers chaque iour naissent dans les bazars, Hazars que ta présence, ainsy qu'elle est diuine,

42 Dissipe plus soudain qu'vn Soleil la bruine, Ou qu'vn foudre éclaté, le chef audacieux Des rocs Cahoniens qui menacent les Cieux.

CIRVS.

45 Donc tandis qu'vne ardeur anime nos gend'arraes.

Que l'ennemy vaincu tremble au bruit de leurs armes,

Passons aux Lydiens, peuples mal aguerris, 48 Peuples dans le limon des voluptez nourris,

Que Crœse effemina parmy son opulence.

Et qui de nos soldats croissent la violence, 51 Comme quand le lyon de'couure généreux,

De taureaux engraissez vn nombre malheureux,

Adonc la multitude aiguise son courage, 54 Et de sa faim sur eux il appaise la rage ;

Ainsy nous acheuons sur ce lâche cnnemy,

La curée, qui n'est parfaite qu'à demy, 57 Qu'haleine impatiente vne meute guerrière :

Or sans la plus tenir inutile derrière.

Découplons hardiment sur ces lièvres craintifs, 60 Dessur ces Lydiens qui ne peuuent chetifs,

V^iincre dorenauant leur triste destinée; [^58]

Car toute nation de luxe dominée (33 Court, aueugle, & peu caute, au naufrage certain

De ses prosperitez.

ARASPE

Notre théâtre humain,

Spectacle plus fréquent sur soy ne représente, 6tj La gresle est aux bourgeons de beaucoup moins nuisante,

La chaleur Syrienne aux mortelles langueurs,

D'vn froid aux chams fleuris les poignantes rigueurs, 69 Que Toisiueté molle en vn peuple receuë,

Oisiueté, qui n'a qu'vne honteuse yssué.

Mais qui faut d'autaut plus ta prudence admirer, 72 Que sa peste de nous tu sçais loin retirer,

Exercez, endurcis aux trauaux de la guerre,

Que iour, & nuit sans cesse vn corcelet enserre, 75 Et qui par l'habitude admettons vne loy

De ne pouuoir sentir de repos dessous toy. CIRVS.

L'humeur du Prince sert aux suiets de modelle, 78 II faut, bon gré, mal gré, qu'ils se forment en elle,

106 PANTHEE. [v. 79-124

Couard, ils le suiuront en sa timidité, ■

Vaillant, chacun s'éforce à la gloire incité: 81 Aussy pour mon regard ie tien qu'vn populaire

Peut légitimement, ains qu'il se doit distraire

Du seruage importun d'vn indigne seigneur, J

84 Qui veut de son Empire enseuelir l'honneur, [159] /

Qui ne craint d'employer l'authorité Royale /

Es plaisirs dissolus d'vne vie brutale:

87 Me préuienne la mort parauant ce désir.

Premier que vos valeurs ie permette moisir,

Et premier que de vaincre auec vous ie me lasse; 90 Or de peur d'irriter fortune à double pace,

La fortune obtenue il faudra modérer.

De sorte qu'elle n'ait de quoy se colerer : 9o Pitoyables, clemcns a la tourbe captiue,

»La clémence iamais de son fruit ne nous priue,

>^Elle attire les cœurs par vn céleste aunant, 9ij »Et va des plus félons la rancune charmant;

le la veux déployer première en cette Dame,

Que d'vn Grand du pais on m'a dit estre femme, 99 Absent de la bataille, & s'il m'en ressouuient,

Qui lieu d'Ambassadeur vers les Bactres obtient;

Faites-la-moy venir, possible que soustraite 2 A la lubricité du soldat indiscrette.

Que pudique rendue es bras de son épous,

Il se reuengera du bien-fait envers nous : 5 »Vne grâce suit l'autre, & leurs mains enlacées

»Signifient vn fruit des faneurs auancées!

Dieux î la voicy, son œil me transit de pitié, 8 Et sa rare beauté m'oblige d'amitié ;

Ne crains belle, vn danger horrible d'apparence,

Ma parole te donne vne entière asseurance, 11 Tu n'as point rencontré des farouches lyons,

Qui surchargent le fais de tes afflictions, [160]

Qui foulent inhumains ceux que fortune opprime, 14 Et la fureur de Mars ayant pris sa décime.

L'orage est accoisé, ceux qui l'ont suruécu

Diront qu'en ma bonté par deux fois i'ay vaincu.

PANTHEE.

17 Grand Roy ie ne requiers de toy faueur plus grande, Que faire de mon corps vne pieuse offrande Au sac de ma patrie, & qu'il n'en reste rien,

20 Apres l'honneur détruit du sceptre Assyrien, »La plus cruelle mort vaut mieux que le seruage »Quelque bénin qu'il soit, à l'homme de courage^

CIRVS.

23 Tout courage qui cède a vne aduersité, Retient ie ne scay quoy de la timidité,

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