V. 125-158] TRAGEDIE
>La mort est le recours des âmes misérables, 26 Nont de celles qui sont aux malheurs indomtables.
PANTHEE.
»Depuis que nos malheurs touchent Textremité, »Qu'vn espoir de changer en mieux les a quité; 29 »C'est à faire au craintif de désirer la vie, »Des ennuis mille fois au lieu d'vne rauie.
CIRVS.
Sur quel indice as-tu conceu ce desespoir? PANTHEE.
32 Sur notre liberté, réduite à ton pouuoir, CIRVS.
Comparant au rebours l'antique seruitude, [161]
Vous treuuerez la mienne vne béatitude.
PANTHEE.
35 »La domination du Prince naturel
»Fait treuuer aux siens doux ce qu'il a de cruel,
CIRVS.
Oiiy, selon que l'erreur du commun le présume,
38 Pendant que le rancœur en cet hydre s'alume: Mais à soy reuenu comme le patient, Dont le membre pourry par force on va sciant,
41 n confesse sa faute, & bénit la iournée De sa franchise échue, à telle destinée, Vous en serez ainsi, moyennant que constans,
44 Apres ce gros orage attendiez le Printems.
PANTHEE.
Ma principale attente est en la sépulture. C'est mon confort suprême, & ma suprême cure.
CIRVS.
47 l'ay sçeu que ton époux au combat n'estant pas» L'Ambassade, des fers l'exemte, où du trépas.
L'Ambassade commis t'apporte la victoire, 50 Où plus de sang au moins t'en coùteroit la gloire,
Mon Abradate armé pour notre liberté,
Eust la presse des tiens combatant écarté, 53 Ny plus ny moins que l'aigle en fondant de la nuë,
Ecarte de pigeons vne troupe menue.
Sa présence fatale eust influé le cœur, 56 A ces chetifs, lesquels tu triomphes vaincœur, [162]
Où mort, ie luy serois en l'Erebe compagne.
Tous deux francs de misère en la triste campagne.
108 PANTHEE. [v. 159-200
CIRVS.
59 Voila certes amis, vn })atron de beauté,
De vertu féminine, & chaste loyauté.
Indigne de son sexe, indigne d'estre mise 62 En ce rang méprisé, que la crainte maistrise :
Nature s'oublia, ne te formant vn bras,
Au courage pareil, qu'inuincible tu as?
65 Et croy que ta réponse a gagné généreuse,
Plus de pouuoir sur uioy qu'autre amorce amoureuse,
Araspe ie te donne en depost ce trésor, 68 Tu le conserueras plus chèrement que l'or,
Plus que tu ne ferois la lumière céleste;
Si quelqu'vn tant osé l'otfençoit, ie proteste, 71 L'outrage reputer en mon endroit commis.
Et ne le distinguer des pires ennemis.
PANTHEE.
0 Dieux? qui fléchissez les mortelles pensées,
74 Mes prières encor vous auez exaucées
Soulagé ma tristesse, vn Monarque inspirant De sauuer mon honneur du naufrage apparent. CIRVS.
77 lamais plutôt laurier ma teste n'enuironne, Et plutôt vn vaincœur m'arrache la couronne. Que l'azile sacré de ma protection,
80 Soit en toy violé, où que l'affection [l^-^J
Inique me dispense à te vouloir contraindre De souiller l'hymenée, & ses statuts enfraindre,
83 laçoit que tes regars puissent contagieux
Couler vn doux poison dans l'âme par les yeux, Ma raison le repousse, & croit victorieuse
86 Mériter vn rameau de palme glorieuse.
PANTHEE.
N'en doute point Cirus, domter ses passions »Vaut plus, que debeller cent mille nations:
89 »Celuy triomphe plus, qui triomphe du vice, »Sous son autorité n'admettant Tiniustice, »Que si de Tvniuers il manioit le frein :
92 Et tant que tu suiuras ce généreux dessein. Les Dieux te donneront a régir la fortune, Heureux en tes exploits tu l'auras touiours vne,
95 La victoire suiura tes exploits, de ton los Tu rempliras le Ciel, & la terre, & les flots, Pour confirmation de ta promesse sainte,
98 l'embrasse ces genoux, seureté de ma, crainte. CIRVS.
Araspe, derechef ie te commande icjs liuy faire vn traitement digne de mon soucy,