V. 561-602] TRAGEDIE
61 Bourelle ialousie où me transportes-tu? [180]
Panthée, vn parangon de pudique vertu,
Son corps aVjandoner de crainte à Taduitere ? 64 Mais quelle chose au pris de viure nous est chère?
Ainsi ie reprendrois compagne de mon lit,
Vn reste d'ennemis approuuant son délit? 67 Ainsy ie baiserois vne bouche poliie
D'adultères baisers, & d'ardeur dissolue?
Non, cela ne se peut. Panthée fûst depuis, 70 De regret deualée aux Auernales nuits.
Dans son sang généreux eust l'offense lauée,
Puis l'amour des grands Roys vainement captiuée, 73 Paroist incontinent, étincelle par tout :
Mais la voicy, le sang d'affection me bout,
A peine que mes yeux de larmes ie tempère. 76 Donques ie te reuoy mon Euridice chère?
Vn enfer t'a permis reuenir à mes yeux?
S'éclatent désormais en ruine les Cieux, 79 Que rVniuers retombe en sa masse confuse,
l'expireray content, mes vœux n'ont plus d'excuse.
PANTHEE.
Mon cœur, i'en suis ainsy, te touchant, te voyant, 82 le doute de mon heur, ie ne le vay croyant, La ioye me transit, & m'oste la parole, Arreste d'vn baiser mon âme qui s'enuole,
ABRADATE,
85 Comment t'es-tu portée en ta captiuité ? PANTHEE, Comme vne tendre fleur, que Phœbus a quité, [181] Comme vn poisson priué de sa demeure humide,
88 Comme vn esprit errant au port Acherontide, Comme vne tourterelle, après que l'oiseleur A rauy sa moitié, mais heureuse en malheur,
91 Heureuse de tomber en la main d'vn Monarque, Digne de n'encourir les rigueurs de la Parque, Inuincible aux humains, & a ses passions,
94 Père des affligez en leurs oppressions,
Bref, l'abrégé parfait des vertus de ce monde, A qui ie dois l'honneur, & la vie seconde.
ABRADATE.
97 Vrayment à ton raport vn miracle pareil, Ne se pourroit treuuer sous le tour du Soleil Mesme en ce siècle dur, où le vice foisonne,
00 Et les cerneaux plus sains de sa peste empoisonne, Vn vaincœur de ce grade, en l'auril de ses ans. Près de toy ne sentir les aiguillons cuisans,
120 PANTHEE. [v. 603-630
3 Qui rebellent la chair de nostre obéissance? Cela me sentiroit son siècle d'innocence.
PANTHEE.
Sente ce qu'il voudra, ie n'ay receu de luy, 6 Que toute courtoisie en ce lugubre ennuy, Non content de vouloir sa volupté restraindre, Mais de qui mon honneur auoit bien plus à craindre.
ABRADATE.
9 Qu'il n'a point de propos tâché de t'ébranler ?
PANTHEE. [182]
One ie ne l'entendis que chastement parler.
ABRADATE.
Ny des flateurs commis la ruse maquerelle? PANTHEE, 12 Contre eux pour ce sujet il a pris ma querelle. ABRADATE.
0 grande continence ! ô magnanime cœur ! Encores sommes-nous heureux de ce vaincœur.
PANTHEE.
15 n n'est moins libéral, que continent, & sage. ABRADATE.
De qui ie te supplie as tu ce témoignage?
PANTHEE.
Ma rançon qu'il dédaigne, en fait assez de foy, ABRADATE.
18 Que sans rançon délivre il te renuoye a moy? PANTHEE.
Délivre sans rançon, & pudique rendue, (l'en atteste des Cieux la lampe suspendue) 21 II t'ofiFre à son seruice vn honorable rang.
ABRADATE.
Certes ie luy voudroy, (l'honneur du pays franc,) Humble sacrifier ma vie, en récompense 24 Dn signalé bien-fait que sa grâce m'auance.
PANTHEE.
On doit, ie le confesse, au païs vn amour
Charitable & pieux iu«;ques au dernier iour, 27 Son salut préférable oblige nos courages, [183]
De mourir généreux en vengeant ses outrages;
11 nous preste la vie, & en la luy rendant 30 Nous n'aquitons qu'vn prest à la gloire tendant.