‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 3)Chapitre 88 sur 230 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

PANTHEE, NOVRIGE.

PANTHEE.

23 r I IRemblotante d'effroy uourice, ie trépasse, I Me membres dénouez me deuienent de glace, Mes poumons haletans me refusent ht vois, 26 le suis comme vne fueille en la cime d'vn bois, Sujette à tous les vens, qui de fortes aleines Enterrent sa verdure en leurs ombreuses plaines; 29 Pour néant ie m'essaye a rompre ce soupçon, Il me reuient suiuy d'vne horrible frisson, Comme qui du Soleil couperoit la lumière, 32 Apres l'ombre écartée elle retourne entière, Helas! pauure Abradate, il y va de ta mort, Ma peur est le vouloir prophétique du sort.

NOVRIGE.

35 Notre félicité ressemble insatiable,

Vn gouffre qui deuore en son creux effroyable Tout indifféremment, & ne peut inhumain,

38 Etancher acoisé son implacable faim; [188]

Nous la n)épriserons au comble paruenùe. Voila pourquoy plusieurs ne l'ont guère tenue,

41 Ingrats enuers les Dieux, qui ne sçeureut vser De leurs dons, comme il faut, & sans en abuser:

124 PANTHEE. [v. 743-786

Dites-moy désormais le suiet de vos plaintes,

44 Dessur quoj vous fondez ces volontaires craintes. En liberté remise, Abradate aiiiourd'huy, A peine reconnoist Ciriis plus grand que luy,

47 Chef d'vne belle armée il commande, il dispose De tout ce qu'il luyplaist, sans qu'aucun s'y oppose: Nous n'atendons que l'heure a le voir retourner

50 Vaincœur des Lydiens, a le voir couronner ; Admiré, caressé plus qu'il ne l'est encore, D'vn Monarque étranger, qui sa valeur adore,

53 Sont-celà des subiets de nouuelles douleurs?

PANTHEE.

»L'epine suit l'odeur des plus aymables fleurs, » L'apparence du bien d'ordinaire nous trompe,

56 Ce superbe appareil d'vne guerrière pompe, Les faneurs de Cirus ne l'empêcheront pas, (Si Cloton le vouloit) de courir au trépas!

59 Si Cloton le vouloit? ha! nourice, ie pâme, Pour l'aprehension que l'en ay dedans l'ame.

NOVRICE.

Quel présage auriez vous qu'vne extrême amitié? 62 Qu'vn désir de courir après vôtre moitié?

Ne longer de ses bras, de son sein, de sa bouche, Mais l'honneur le défend, & de plus près luy touche. [189]

PANTHEE.

65 Mon présage consiste en diuers incidens,

Qui nous vont vn malheur notable précédons, La propre nuit qui fut dernière à mes délices,

68 laçoit que diuerty d'amoureuses blandices, Il emplissoit le lit de sanglots continus, Ignorant le motif dont ils estoient venus;

71 Maintefois i'informay leur source douloureuse, M'attach-iy supliante a sa lèvre amoureuse, Il ne sçeut que résoudre autre chose, sinon,

74 L'enuie qu'à son heur portoit quelque démon. Et ce peu de remors qui restoit en son âme. D'aquerir des grandeurs reprochables de blâme :

77 Consolant au moins mal sa tristesse, vn sommeil, L'vn à l'autre enlacez nous enueloppa l'œil, Quasi iusques au point que l'aube retournée

80 Laisse de son Tithon la couche infortunée, Que l'oiseau vigilant nou^J ameine le iour, Que Morphée chez nous fait vn nouueau séjour,

83 Et qu'il ouure la porte aux songes prophétiques, Aux songes predisans les malheurs domestiques! Lors vne gresle voix telle que des esprits,

86 Sa clameur en ces mots a peu près a compris :

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