‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 3)Chapitre 89 sur 230 · V. 787-830] TRAGEDIE · texte numérisé non relu

V. 787-830] TRAGEDIE

Soûle-toy de plaisirs, désastreuse Panthée, Tandis que tu en as la moisson souhaittée.

89 Caresse ton époux pour la dernière fois,

Vaincœur sa braue mort couronne ses exj)lois,

Tu ne le reuerras qu'aux plaines Elisées, [190]

92 Où se réuniront vos ânuis diuisées,

Les vierges de l'Erebe ont décrété sa mort, Il faut que les mortels fléchissent à leur sort,

95 Pren son dernier Adieu, represse-luy la lèvre ; A ces mots éueillée en vne ardente fièvre, Peureuse i'obeïs à son commandement,

98 De mes pleurs arousant Abradate dormant.

NOVRICE.

Vne conception de crainte en la pensée, Vous a cette figure au sommeil retracée 1 Rien n'est de plus fréquent, ny moins a redouter, Et n'auez en cela de quoy vous atrister.

PANTHEE.

Aussy n'ay-ie reçeu d'vne ombre deceuante, 4 L'augure infortuné qui le plus m'épouuante, Maint prodige d'ailleurs conforme à ce malheur, Augmente y repensant ma craintiue douleur! 7 le sentis à l'adieu sa bouche estre de glace, Vne froide sueur luy couloit par la face, Les cheueux hérissez luy demeurèrent drois,

JO Et aux extrémitez ses membres furent frois. Reuenu de ce spasme il me dit à l'oreille, Quelque accident nouueau le Ciel nous apareille,

13 le n'espère iamais, mon âme te reuoir, Adonc il fuit mes yeux disposez à pluuoir. Me contristay-ie à tort, rapportant ce présage,

16 Capable d'ébranler le plus tenue courage?

NOVRICE. [191]

»Notre caduque vie a son cours ordoné, »Les Parques ont pouuoir sur tout ce qui est né,

19 »Se moquent de nos soins, «fe de nos deffiances, ^Trompent quand il leur plaist nos foies préuoyances, Atrapent de leurs dars notre terme expiré,

22 Si qu'ayant là dessus vn siècle soupiré. Vous ne reuoquerez leur sentence fatale, Fussiez-vous cent fois plus qu'vne Alceste loyale,

25 Monseigneur est mortel, îributaire à Charon, Qui dedans mesnie nef, & d'vn uiesme auiron Trauerse les pasteurs, & les Roys de la terre,

28 Faites donc que ce dûeil importun se resserre, Atendez constamment ce qui doit auenir, Et que l'on ne sçauroit nullement préuenir.

126 PANTHEE. [v. 831-856

PANTHEE.

31 Oûy, oiiy, ie l'atendray, ie proteste d'atendre Le succès de ton sort, Abradate, & le prendre, Toy viuant ie viuray, où, butin du trépas,

34 L'vniuers de mourir ne n'empécheroit pas, Tes beaux iours moissonez dVne lame sanglante, l'arraeray contre moy cett€ main violente,

37 Afin que nostre vie impassible au discord. Le tombeau nous conserue vn mutuel accord.

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