‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 3)Chapitre 93 sur 230 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

PANTHEE, NOVRICE.

REsoluë à la mort Abradate, n'espère Que mes yeux sur ton corps versent vne riuiere, Aux communes douleurs des larmes on répand,

130 PANTHEE. [v. 986-1030

Ce deuoir d'amitié vulgaire n'est pas grand,

87 11 n'approche celuy que la tienne mérite, Ains, mon trépas i'estime vne amende petite, Comparant le forfait qu'horrible i'ay commis,

90 Moy, moy, qui te rendis les destins ennemis, Moy, qui te fis pariure enuers notre partie, Qui troublay ton bon-heur, infernale furie,

93 Corrompis, de ta foy la pure chasteté, [1^9]

Qui te portay coupable a cette impieté, Pardonne-moy ma vie, helas! helas! pardonne

96 Au mal-heureux effet d'vne volonté bonne, Les animaux souuent étouffent leurs petis, Qu'encor à peine au iour ils ne sont pas sortis,

99 Pour les idolâtrer, & trop fort les étreindre, Lors vn pipeur espoir me deffendoit de craindre. Lors i'estois obligée à Cirus de l'honneur, 2 Chez qui tu n'as manqué, mourant, que de bonheur, Sa libéralité ne cause ta ruine, C'est vne cruauté de la rancœur diuine, 5 Tes iours estoient bornez dans les chams Lydiens, Comme sur ton sepulchre on a borné les miens; Il est vray, que ma vie au prix est peu de chose, 8 Mais ce que i'ay plus cher ores ie te l'expose, le t'accomplis le vœu que ie fis au départ. De courre ta fortune, & d'en tirer ma part,

11 Si mon sang n'est reçeu de placable victime. Et que deuant Minos tu répètes mon crime. Préparée aux tourmens plus affreux de l'enfer,

14 Aux fouets ensanglantez, aux fiâmes, & au fer, 11 ne m'en chaut, pourueu que ie te satisface, Pourueu, qu'ayant souffert ie regangne ta grâce,

17 Pourueu, qu'après ensemble a iamais reunis Nous puissions triompher de nos trauaux finis.

NOVRICE.

Accordez quelque trefue à l'ennuy qui vous mine, [200] 20 Son sujet perceroit vne roche aimantine,

Et la resolution du cœur plus asseuré

Tels assauts sans gémir n'auroit onc enduré, 23 L'humanité succombe à ces douleurs extrêmes.

Et doute si les Dieux n'en feroient pas de mêmes;

Mais de perseuerer en regrets continus, 26 Ne se résoudre en fin des malheurs auenus,

Ressent son desespoir, niontre vn lâche courage,

Voire, semble quasi mériter son dommage.

PANTHEE.

29 Mes regrets tariront auant qu'il soit long tems, Tu diras ma constance égale aux plus constans,

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