V. 1031-1067] TRAGEDIE
laçoit que veu le mal sa plainte modérée 32 Ressemble a vne mer n'agueros colerée,
Qui petit à petit rassérène ses flots,
Mon dueil ainsy termine en de foibles sanglots, 35 Et dans peu receura sa médecine entière,
Puis que les pleurs aux morts ne rendent la lumière.
NOVRICE.
0 généreux propos des bons Dieux inspiré! 38 »Sauf vn meilleur aduis, l'eusse mieux désiré
Votre absence du corps pendant les funérailles,
Qu'vn nouueau desespoir ne coule en vos entrailles, 41 L'obiet de la douleur en r'alume les pleurs,
Qu'on luy rende sans vous ses suprêmes honneurs. [201]
FANTHEE.
Ce conseil impieux mérite de supplice
44 Autant, que qui seroit de ma perte complice. Que crainte de laisser les pleurs accoutumez, le trahisse l'honneur de ces mânes aimez:
47 Que ma foy luy manquast, & iustement à l'heure. Qu'elle sent de la touche vne atteinte plus seure: Va, ne m'en parle plus, infidèle à mon los;
50 Par le milieu des dards, des fiâmes, & des fiots, Abradate i'iray trouuer ta sépulture, La glace rebaiser de ta morte figure,
53 Te composer les yeux, mes soleils de iadis. Qui luysent maintenant chez l'implacable Dis: Beaux yeux, ie vous supply ne leuer votre aurore,
56 Que ie ne sois la bas, afin que ie l'adore. le ne reconnoy point de clarté que de vous, L'autre soleil depuis ie ne voy qu'en courons.
NOVRICE.
59 Madame, on s'achemine à la pompe funèbre. D'autant plus que le Roy l'accompagne célèbre, 11 vous signe de l'œil, triste de votre ennuy,
62 Allons le saluer, & au douant de luy,