DAIRE, MAS^E
DAIRE
"l^yAgueres mes amis absolu d'vn Empire,
82 l\ Depuis où l'Océan fait ses vagues rebruire lusques a l'Hellespont, l'inconstance du sort, Ores telle grandeur met en proye au plus fort,
85 Nous auons autrefois combatu pour la gloire. Auiourd'huy le salut dépend de la victoire, Non le simple salut, mais bien la liberté
88 Sans qui le iour n'a plus d'agréable clairté,
Sans qui l'homme de bien doit négliger sa vie [15] Aux tirans oppresseurs remourante asseruie :
91 Bref ce même Soleil maintient ou détruira L'Empire le plus grand où sa torche luira. Le Granique nous vit les ennemis combatre
94 Auec foible puissance & qui se laissa batre; Vaincus en Cilicie on auoit son recours Où le Tygre & l'Euphrate ainsi que fortes tours
97 Deffendent la Syrie (inaccessible terre)
Icy le Dieu sanglant qui préside à la guerre Eu lieux nous a réduits qui ne permettent pas Qu'vne honteuse fuite exente du trespas, En lieux où la fureur de Bellone exercée, Vne horrible famine a par tout dispersée, 3 Non pas lieux, mais déserts habitez de la mort: Or qui doit courageux vous animer plus fort. Vos femmes, vos enfans, vos pénates vous suyuent, 6 Et dedans même barque a même port arriuent. Donc le courage pris en la nécessité, Tirez-les de péril & nioy d'aduersité, 9 Qui ne puis désormais, preuoyant Capitaine, Vous donner la victoire à cueillir plus certaine. Vn lieu propre choisi vos bataillons étend,
12 Plus nombreux que le sable en Cyrene flotant, Qui peuuent foudroyer cette troupe brigande, A qui le butin plus que la gloire commande,
15 Pesante de pillage & pesante de cœur,
16 LA MORT m DAIItE. v. 31^-356.
Sous vu Chef moins prudent que fortuné vaincœur, [16]
Qui présume tenir la fortune capitiiie, 18 Conducteur dVne armée & languide & craintii.e :
Car ne pensez pas voir luire que les harnois
Des Macédoniens qui furent autrefois, 21 Qui couurent d'autres corps d'esclaues misérables;
D'ombres à leur valleur première incomparables ;
Ses meilleurs combatans engraissent nos guerets, 24 Trébuchez au manoir du gendre de Ceres :
Ce n'est qu'vn foible reste, vne légère nuë
Que peut vôtre Soleil résoudre à sa venue. 27 Faites à mon exemple, vnanimes & seurs,
Que les Dieux sont pour nous contre des rauisseurs.
Que les moyens humains ne peuuent dauantage 30 Contribuer en tout vn notable auantage,
"Veu qu'auec le seul nombre on iroit, desarmez,
Les vaincre, les lier sous la force opprimez. 33 Mais qu'aucun, si l'effet mes paroles ne passe,
Immobile au combat ne bouge de sa place.
Capitaine, soldat & compagnon ie veux 36 Courre même fortune en l'acquit de nos vœux,
Chacun donc au deuoir fidellement se range.
Et sçache qu'vn guerdon suit chez moy la louange.
MASiEE.
39 Monarque en qui reluit la pure affection D'vn père vers ses fils mise à perfection, Vray Pasteur qui daignez, belle & royale enuie, [17]
42 Pour les peuples commis n'épargner vôtre vie, La victoire se lit sur ces fronts asseurez, Dont la sourde rumeur, comme es flots colerez,
45 Présage à l'ennemy sa ruine future,
Trop heureux de courir vne même auanture. De vaincre ou de mourir à vos pieds bataillans
48 En fidelles subiets & en hommes vaillans. DAIRE.
Soleil assiste-nous, n'absconse ta lumière, Que la Perse rendue à sa gloire première:
51 Toy Mars qu'elle éprouua fauorable jadis, Anime tellement nos courages hardis.
Que l'ennemy rompu cède à leur violence.
54 Sus, allon-le tr^uuer en bel ordre, en silence, Certains que les bons Dieux, priez d'affection, Prennent nôtre innocence en leur protection,
Y. |f§7— 390. TRAGEDIE. 17