SCENE II
PARMENION, SOLDAT, ALEXANDRE (en son pauillon.)
PARMENION.
57 Ooldat, que fait le Roy?
io SOLDAT.
Dedans sa tente close, Où nul bruit ne s'entend, chacun tient qu'il repose. PARMENION. Repos incompatible à l'honneur de ce iour, 60 Repos qui nous perdroit auec plus de séjour, Voyons, Sire, debout, Sire, quelle apparence De prendre ce repos comme en pleine asseurance, 63 Le Soleil déjà haut, éueillez-vous grand Roy, L'ennemy qui remplit les campagnes d'effroy, Et vôtre armée encor à ranger en bataille, Q^ Le dormir ne sied pas lors qu'il faut qu'on trauaille. Lors qu'vn péril extrême attaque de si prez. Gardons que nos lauriers ne tournent en cyprez, 69 La fortune s'irrite enuers qui la méprise, Et faut que le labeur couronne l'entreprise. Où est donc au besoin cette vigueur d'esprits, 72 Qui les plus vigilans à d'éueiller appris.
Le Soldat emporté d'impatience & d'ire, [19]
Que vos commandemens, pour vaincre, ne respire. ALEXANDRE.
75 Suffit que cette ardeur dedans l'âme luy bat, Donnez par la Trompette vn signal de combat. Mais mon père crois-tu que tel somme me presse, 78 Sans qu'auoir des soucis fendu la triste presse, Libre; ioyeux, tranquillle & sain d'entendement, One ie n'ay mieux dormy, ne plus profondement.
PARMENION.
81 Quoy sur le point de perdre ou gaigner vn Empire, Et même de courir quelque fortune pire, L'Orient conjuré prêt a fondre sur nous,
84 Que le somme vous prenne & puisse sembler doux? Peu s'imagineront la raison légitime, Que garde la dessus vn Roy si magnanime:
87 L'ennuy qui m'affligea cy-deuant soucieux, Pour voir Daire fuitif, éclipsé de nos yeux, Détruire, déserter les Prouinces entières,
90 Les viures corrompus, nous tarir les riuieres.
18 LA MOET DE DAIRE. v. 891—432.
Ores tel soin fini mon âme s'éiouyt, Et de ses vœux en vn trop contente ionyt, 93 Puis qu'atteint il ne faut quevaincœur le defifaire, Le tans d'autres raisons ne permet satisfaire. Chaque chef vers les siens se range à son deuoir, 96 Là ie feray dans peu ma volonté sçauoir.
PARMENION. [20]
Afin que le soldat n'ait plus qui le retarde, En cas que maintenant la bataille on hazarde, 99 Nous auons commande' qu'il repaisse soudain Le harnois sur le dos, les armes à la main.
Preuoyance louable autant que nécessaire, 2 Qui ront toute demeure à choquer l'aduersaire : Sus que Ton se retire à son département, Vous autres là dedans, mes armes vitement, 5 QuelquVn coure aduertir le diuin Aristandre, Qu'il vueille, à consulter les immortels, entendre. Qu'il nous les vueille tous bénins propicier, 8 Du reste autre que moy ne s'en doit soucier.
CHŒUR D'ARGYRASPIDES.
D'où croulent compagnons cette ocieuse attente, Qui la pointe, aux soldats, du courage rabat,
11 Nôtre Empereur encor à sortir de sa tente, Le Barbare déjà s'achemine au combat?
Dire que la frayeur épouuante son ame,
14 Seroit vn sacrilège exécrable attenter : Car la glace plutôt naîtra dedans la flame Que la peur deuant luy s'ose oncques présenter.
17 Attendre du renfort offense son armée,
Qui dessous vn tel Chef ignore les dangers, r2n
Qui saccage, à sa voix, grosse de renommée,
20 Cette confusion de mondes étrangers.
Tel nombre ne nous est qu'vn leurre à la victoire, Pareil nombre ne sert que de fatal aimant
23 A ceux que le dieu Mars engendra de la gloire, Et de qui les combats sont le seul élément. Qui peut donc retenir vn lyon magnanime,
26 Les thoreaux affrontez qui beuglant de fureur,
Pourueu, bons Dieux, pourueu qu'aucun mal ne l'opprime, L'Olympe s'éclattant nous trouue sans terreur.
29 L'ombre de sa vaillance inuincible empruntée. Courbe sous ses lauriers quiconque la reçoit: Ce fils de Jupiter à la force indomtée,
32 Quiconque en sa conduite espère, ne déçoit.