‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 4)Chapitre 119 sur 242 · V. 1150—85. TRAGI-COMEDIE · texte numérisé non relu

V. 1150—85. TRAGI-COMEDIE

Image de ce cors qu'embrasser tu soulois, Que l'homicide Mars pour iaraais te sépare,

52 Mais à qui de la vie vue perte il répare,

En ce qu'vn beau laurier précède mon cyprez, [286] Chose que t'apprendra son messager exprez.

55 Autre sujet vers toy derechef ne m'ameine, Qu'afin de préuenir ta douloureuse peine. Terminer vn veufuage à son commencement,

58 Veufuage qui me plaît en ton auancement : Car esprit repurgé de la terrestre masse, le ly tous les secrets de l'àme sur ta face,

61 Là tu ne peux cacher vne inclination

Vers ce Marquis l'honneur de nôtre nation, Son seul objet fit brèche en ta chaste pensée,

64 Offence à nôtre amour insensible passée, Offence qui se doit au destin référer, Qui te semble en cela du futur inspirer.

67 Reprime donc les pleurs désormais inutiles, Veu qu'en elles mes iours tranchez tu ne refiles, Ma mémoire sans plus emprainte au souuenir,

70 Va de ta résistance vne palme obtenir, Va faire ce Héros qui fut mon plus intime. De mon plus précieux successeur légitime,

73 Va sa couche remplir d'vn prouin de neueux, Tandis ie me replonge en l'Acheron larueux.

FREGONDE.

Filles secourez-moy, Nourrice vien hâtiue 76 Rasseurer la frayeur qui me trouble, chétiue, Le fantosme apparu de mon défunt épous,

Ah la voix ne peut plus. [287]

NOVRRICE.

Bon dieu que dites vous?

FREGONDE.

79 Veufue, le mauuais sort qui dispose des armes. Est tombé dessur luy pour me noyer en larmes.

NOVRRICE.

Vn idolâtre amour forme l'illusion.

FREGONDE.

82 L'oracle est trop certain de telle vision.

NOVRRICE.

Qui porte?

FREGONDE.

Qui reproche à ma foible constance Vn acte inexpiable à toute repentance.

NOVRRICE.

85 Cela ne m'éclaircit le doute nullement.

158 FREGONDE. t. 1186—1223.

FREGONDE.

Suffit que le secret m'emplit d'étonnement, Et ne sortira point de l'ame torturée, 88 A cent mille vautours éternelle curée.

NOVRRICE.

Grande simplicité de croire néanmoins, Vn desastre auenu sans preuue & sans témoins, 91 Desastre qu'il faudroit supporter à l'extrême, Puis que tous les humains courent fortune même, Et foulent vne fois le chemin de la mort, 94 Mais quelqu'vn vient à nous. [2881

CATALDE.

0 funeste rapport, 0 panure Dame helas! arme toy de constance, Pour luy faire, entendu, capable résistance.

FREGONDE.

97 Nourrice il ne vit plus, ce triste messager Ne nous donne que trop sa perte à préjuger. CATALDE. Sa majesté m'enuoye, atteinte dedans l'ame 00 D'vn extrême regret, vous consoler, madame. Dessus l'auis receu que vôtre épous vaillant, Vaincœur à son seruice est mort en bataillant, 3 Elle vous veut seruir & d'épous & de père ; Offre qui la douleur doit rendre plus légère Outre que le défunt à ce braue trépas, 6 Eternise sa gloire, entre nous ne meurt pas : Outre qu'il ne pouuoit aux siècles mémorable, Vn sépulcre choisir qui fut plus honorable, 9 Plus digne de sa vie & moins à déplorer, Veillez donc ce destin, patiente, endurer.

FREGONDE.

0 dure patience, ô dure destinée, 12 Parque n'allonge plus ma trame infortunée. Ne repan plus, Soleil, tes rayons odieux Dessur vne autre Hecube en son deuil furieux, 15 La seule nuit me plaît horriblement profonde, Que le Stix par neuf fois emmure de son onde. Où tu es, cher épous, ma venue attendant, [289]

18 Où dans peu ie te suy nôtre amour ne fraudant.

CATALDE.

Que pareilles douleurs passent dessous silence. N'ébranlent vu courage auec leur violence, 21 Non cela ne se peut, reste madame afin Que ce deuil consolé trouue plutôt sa fin, De reuenir en Cour acceptant mon escorte,

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