SCENE III
FREGONDE, DOM YVAN.
FREGONDE.
Peine croirez vous ce changement étrange. De crainte en asseurance, à de blâme en louange, 13 "*~~^ Non plus que le sujet qui forme ce discours. Chez qui nôtre bon droit a trouué du secours.
156 FREGONDE. v. 1115— 49.
Ah monsieur, quel amy, ie ne sçache héritage 16 Qu'on puisse posséder auec tel auantage,
Sans mentir qu'à l'égal toutes ses actions
Ont vn mérite à part en leurs perfections. DOxM YVAN.
19 Plus qu'vn siècle employé ne les sçauroit dépeindre,
Plus qu'autre des mortels n'est suffisant d'atteindre,
Sa première faueur nous conserua les biens, 22 Et brisa d'vn procez les funestes liens,
Simple éclair qui ne fit qu'annoncer la venue
D'vne dernière en qui la Calabre obtenue 25 Me reçoit gouuerneur, le Roy me la donnant.
En titre souuerain d'vnique Lieutenant:
Preparon-nous mon ame à ce départ ensemble, 28 Ta couleur s'appalit, le cors émeu te tremble, [284]
D'où prouiendroit cela? sinon que les esprits
Vn aise immodéré ne tollerent surpris.
FREGONDE.
31 Ce regret de laisser sa demeure natale
Naples vn paradis habité dans l'Itale,
Me cause la foiblesse & donne à cet honneur, 34 Ainsi qu'vn contrepois opposé de bon-heur.
Inégal néanmoins & de nulle durée,
Nôtre félicité future comparée, 37 Qui mes vœux accomplis n'a plus que désirer,
Qui ne sçauroit plus haut désormais aspirer. DOM YVAN.
Présume desia voir vn monde qui prépare, 40 A nos réceptions tout ce qu'il a de rare,
Qui dessous ma conduite vne victoire attent,
En son calme asseuré le pays remettant, 43 Bel. appas glorieux qui gaigne son courage,
Qui retourné vaincœur du martial orage,
Nous établit après vn amoureux repos:
46 Or allons en eiïet conuertir ce propos.