V. 1387-1426. TRAGI-COMEDIE
0 sage, ô vertueuse, ô pudique re'poDse, Qu'vn cœur franc & ouuert par la bouche prononce. 89 Oiiy, faites à loisir ce que la jDieté
Commande vers ceux-Ja qui cliers nous ont esté; Le Marquis cependant modérera sa flame, 92 De l'infaillible espoir qui luy rit dedans Famé, [297] Pareil au laboureur qui regarde, content, ^ Meurir hors de danger la moisson qu'il attent, 95 Pareil au voyageur insensible à la peine, Sur l'objet asseuré d'vne proche fonteine, Où son ardente soif s'éteint en la liqueur, 98 Qui luy redonne a coup les forces & le cœur: Car la tiranniser, sa prière éconduite, Des larmes à l'hymen par les cheueux conduite, 1 Vous ne le voulez pas, trop discret connoissant Cette tréue équitable en vn deuil si récent.
LE MARQVIS.
Non, Sire, & ce deuoir ne m'acquite vers elle, 4 Moins que vers vn amy de mémoire éternelle, A qui mes yeux encor contribnront des pleurs, Mes mains dessus sa tombe vne moisson de fleurs, "^ La parole suffit qu'inuiolable donne Celle a qui les désirs & Tame l'abandonne.
FREGONDE.
La comme ailleurs, par tout vôtre vertu reluit, 10 Qui n'espère chez moy recompense ne fruit,
Horsmis l'intégrité d'vne affection pure,
Vne fidélité iusqu'a la sépulture, ^^ Vne humble obéissance, vn respect, vn honneur,
Au Soleil consacrez qui r'allume mon heur.
ALFONSE
Conformes en désirs, épris de 'même flame, 16 Ou pour le dire mieux, qui n'êtes plus qu'vne ame,
Donnons au trépassé ses lugubres honneurs, [298]
Que Princes, Caualiers, Gendarmes, Gouuerneurs, 19 Assistent le conuoy de sa pompe funèbre.
Que ma présence veut rendre en(!or plus célèbre, Car semblable valeur ne peut trop s'honorer, 22 Que deût-elle aussi bien reuiure à la plorer;
Au reste, après l'acquit de ce deuoir suprême, En suite on passera i oyeux à l'autre extrême, 25 L'hymenée accomply payant a vos amours L'vsure que demande vne perte de iours,
Hardy IV. 11
164 FREGONDE. v. 1427-30.
Qui surpasse en ébats, en festins magnifiques, 28 L'orgueil enseuely des siècles plus antiques, Et qui puisse en faueur du coniugal amour, Vne race guerrière épancher quelque iour.
GESIPPE
OV
LES DEVX AMIS
TRAGI-COMEDIE
Par ALEXANDRE HARDY, Parisien.
ARGVMENT. [300]
rrilte ieune Gentil-homme Romain étudiant à I Athènes contracte vne étroite amitié aiiec 3 Gesippe Athénien de même âge & de même
qualité, qui sur le point d'épouser vne des belles d'Athènes, en voulut donner la voue à ce sien 6 fidelle amy : l'aspect d'vne contagieuse beauté captiue Tite d'vne telle sorte que réduit au desespoir il projette d'abandonner la ville d'Athènes 9 & sa vie plutôt que d'entreprendre sur son intime. Gesippe le voyant plus triste que de coutume luy tire ce secret à fine force, & pour
12 preuue d'vne vraye amitié non content de luy céder sa maîtresse, le suppose la première nuit en sa place, intercède vers la fille & le père; de
15 sorte qu'accepté pour gendre, il emmène [801] sa femme à Rome. Quelque tems après la fortune court sus à Gesippe contraint d'abandonner sa
18 demeure natale & en pauure équipage se réfugier vers le Romain, qui d'abord le méconnut comme surpris & ne pensant à rien moins. Gesippe im-
21 pute telle méconnoissance à vn mépris, & désespéré pour se tirer des misères du monde , auouë certain assassinat, mais proebe du supplice, Tite
21 qui tenoit rang de Sénateur le reconnoissant se dit auteur du meurtre afin do sauuer son amy, pendant leur contraste, le véritable auteur de
27 l'a-ssassinat forcé d'vn iuste roniors de conscience, confesse ingénument la vérité: Gesippe donc libéré est honorablement conduit au logis de son amy
30 qui luy fait épouser Fuluie sa sœur vnique, & le rrnd plus heureux que iamais.
166 GESIPPE. V. 1—27.
LES ACTEVRS. ' [302]
TITE I Gentilshommes STRATON domestique GESIPPE i amis. de Tite.
SOPHRONIE Damoiselle r\^™™ ! ^ena^^F^ amante & nimpp rlp Gp- LVCVLLE I Romams. amante & aimee de Ge- rpj^Qypg j)^ PARENS.
A^T^rT^T.!:. n o PREMIER VOLEVR.
ARlblIDE père de So- SECOND VOLEVR.
phronie. PREVOST.
NOVRRICE. TROVPE D'ARCHERS.