V. 28—73. TRAGI-COMEDIE
Or tréue à ces discours qui passent, superflus, Voicy rhomme duquel i'apprehende l'absence,
30 L'homme auquel ie voudroy départir ma puissance,
Si lupiter m'auoit commis sur l'vniuers: [305]
Souriant mes pensers luy semblent découuers ;
33 N'importe, leur sujet faisant à sa louange, Raproche vne amitié plus qu'elle ne l'étrange. Espion, vous m'vsez de surprise auiourd'huy,
36 Que ronge, solitaire, vn légitime ennuy, Autant pour la frayeur du périlleux voyage Que fait mon plus intime entrant au mariage,
39 Comme du déplaisir de le sçauoir, dans peu, Sa première amitié porter en autre lieu.
GESIPPE.
Il n'appartient qu'aux Dieux d'immuable nature,
42 De iurer, asseurez, sur la chose future,
Eux seuls d'vne constance ont la perfection, Tousiours enuers les bons mêmes d'affection:
45 Mais tant que l'a permis nôtre foiblesse humaine, Ma tète piégera ma parole certaine, Parole derechef ma foy ratifiant
48 Sur le maigre sujet qui vous tient défiant, Dessur la préférence à vne amitié deuë, Qui ne s'attire point en l'ame par la veuë,
51 Ains de qui la vertu ietta les fondemens
En deux cœurs inspirez de mêmes mouuemens, En deux cœurs que le Ciel inspira d'vne enuie,
54 Mon amitié vers vous dure autant que ma vie, Vne femme iamais ne la diuertiia, Vne femme iamais ne me l'affciblira:
57 Au cas que cela fut, lupiter de ce foudre
Qui redoutable met les parjures en poudre, [306]
Apres le cors puny, pousse aux creux des enfers
60 Mon esprit assiégé de fiâmes & de fers.
Mon esprit malheureux qui mette hors d'aleine Les implacables sœurs en api)liquant sa peine.
63 Faison niieux, au péril de l'honneur engagé, Au mépris d'vn public en tel act outragé, Au mépris d'vn accord tait à mon auantage,
66 Plutôt que vous nourrir ce soupçon dauantage, le m'en vay de ce pas le rompre entièrement, laçoit à dire vray que peu sincèrement.
TITE
69 Qu'a mon occasion cette vierge innocente,
L'irréparable affront d'vn diuorce ressente?
Que de son cher épous, frauduleux suborneur, 72 le face aux médisans soupçonner son honneur?
Plutôt mille trépas que mon plaisir sépare
168 GESIPPE. V. 74-112.
Ceux que conjoint le Ciel en vn couple si rare,
75 11 me suffit assez, voire trop, de sçauoir Que chez vn tel amy i'ay le second pouuoir, Que l'antique franchise entre nous mutuelle
78 Ne s'abolisse point, dure perpétuelle,
Ce priuilége sauf, sous vn auspice heureux Poursuyuez hardiment le voyage amoureux.
GESIPPE.
81 Cela ne peut manquer, or ma douce geôlière S'impute vôtre veuë à faneur singulière, Elle m'en importune à toute heure du iour : [.S07]
84 ïoutesfois approchant de ce Soleil d'amour, Gardez que ses rayons contagieux aux âmes, Ne captiuent la vôtre auec leurs douces flaraes,
87 Apres il y auroit danger que supplanté. Elle se pleut au mets le dernier présenté.
TITE
Mocqueur, allons ensemble adorer vne Aurore, 90 Qui de vôtre bon-heur le beau iour doit éclore, Allons à vœux communs ce temple visiter. Qui tient vne beauté digne de lupiter, 93 Les miens pourtant rendus par manière d'hommage, Qui ne veulent d'autruy procurer le dommage, Qui ne prétendent rien au delà du deuoir, 96 Et n'agissent alors que sous vôtre pouuoir.
GESIPPE.
Tréue de complimens, l'heure propre attendue lustement sur le point désiré s'est rendue, 99 Heure qu'hier ma belle expresse limita.
Alors qu'en la quittant mon ame me quitta. Heure qui doit conclure entre nous la iournée 2 Requise a la moisson du prochain hymenée;
Marchons, plus de séjour sans doute me rendroit Suspect d'vne froideur cnuors el)e à bon droit.
SCKNK IL [3081
. S0PHR,0N1E, NOVRRICE, GESIPPE, TITE.
SOPHRONIE
5 T~\Ieux quellfî impatience agite ma pensée,
I y Dieux que ma chaste flame est mal recompensée, Que les honimes {npeurs cachent de fiction, 8 Et que les plus parfaits ont d'imperfection; Ce causeur qtii me dit sa lumière, sa vie, YA la douce prison de son ame rauie.
Il Ce causeur qui le iour emprunte de mes yeux. Qui n'a que mon objet d'aimable sous les Cieux,