‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 4)Chapitre 151 sur 242 · V. 1378-1420. TRAGI-COMEDIE · texte numérisé non relu

V. 1378-1420. TRAGI-COMEDIE

On ne doit hésiter en pareille occurence,

On ne doit plus douter de ce que met aux yeux

80 La vérité, plus clair qu'vn Soleil radieux:

Toutesfois, derechef comme Tuges suprêmes, Présent nous le pouuons examiner nous mêmes,

S3 Etranger, sans appuy quelconque, la pitié Plus grande en son sujet apparoit de moitié, Huissiers, faites quelqu'vn venir ce misérable.

TITE. [369

86 Dieux voila mon Gesippe, ô chose déplorable, C'est luy-mème, c'est luy qui m'œillade, apperçeu, Et que le desespoir dedans l'ame conçeu 89 Expose a tel opprobre, expose volontaire A souffrir pour autruy vue peine exemplaire, Meurs plutôt mille fois qu'a faute de secours 92 Telle iniuste rigueur ait dessur luy son cours.

ANTOINE

Quoy que selon les loix qui policent le monde, Sur la même équité ton supplice se fonde, 95 Qu'vne confession volontaire auenant, Le luge à son deuoir aille contreuenant D'ouyr le criminel sur l'offense auerée, 98 Offense que l'auteur premier a déférée,

La clémence pourtant ordinaire aux Romains Qui tiennent, redoutez, l'vniuers en leur mains, 1 T'adiure, te permet, & te donne l'espace Parauant que l'effet de ta sentence passe, De dire si tu es de l'homicide atteint, 4 Sur lequel imposé vn supplice t'éteint :

Ou si le desespoir où ton ame se plonge, Contre toy te suggère vn damnable mensonge, 7 T'induit à te vouloir dans le crime d'autruy, Procurer, innocent, le trépas auiourd'huy.

GESIPPE.

Meurtrier qui ne voudroy silruiure à ma misère, 10 Que le Soleil ne voit, qu'odieux, en colère, [370]

Ne perdez vôtre peine à plus outre enquérir, Veu que mon seul malheur me condamne à mourir.

TITE

13 Illustres Sénateurs, la iuste impatience Qu'vn furieux remors donne a ma conscience, Ne sçauroit plus souffrir ce chetif étranger,

16 A mon occasion son salut négliger :

Autre certes que moy n'a commis l'homicide, En ce dédale obscur autre n'est vôtre guide,

19 Libérez la vertu captiue sous les fers. Qu'a ce mien familier iniquement souffers,

202 GESIPPE. V. 1421-60.

Et qu'en sa place mis caution suffisante, 22 Fexpie mon forfait d'vne peine présente, Apres que l'on vous a purgez de cet erreur, Il n'est plus question de croire sa fureur.

GESIPPE.

25 Tite depuis quel tems te renaît la mémoire

D'vne vieille amitié le comble de ma gloire?

Ne te trauaille en vain a vouloir libérer 28 Vn hôte malheureux qui n'a plus qu'espérer,

Content iouy des fruits de la bonne fortune.

Et laisse à la mauuaise épuiser sa rancune 31 Sur mon chef résolu de ne la craindre pas,

Ains courageusement franchir ce mauuais pas.

TITE

La feinte à part ne croy de fortune mauuaise, 34 Où le Ciel me permet de flotter dans mon aise, [371] Où tu ne souffriras frustrant lu vérité, La peine que ma coulpe a de droit mérité.

LVCVLLE.

37 0 sacrez immortels, quelle étrange merueille

Nous éblouyt la veùe, à vn charme pareille?

Vn citoyen fameux receu dans le Sénat, 40 Se déclarer auteur de tel assassinat?

Qui traîne nommément le vol inséparable,

L'histoire du passé n'a rien si mémorable: 43 Or que la vra.y-semblance empêche de douter

Lequel en sa demande il faudra débouter.

GESIPPE.

Les esprits plus grossiers discerneront la feinte 46 D'vn à qui ne donna le moindre vice atteinte, Chez qui l'honneur tousiours demeure en son entier. Qui tousiours des vertus a suiuy le sentier, 49 A qui la pauureté demeure inaccessible, Et par ainsi ce meurtre en eftut impossible, N'insistez la-dessus vous que, iudicieux, 52 Tàcheroit d'oftusquer ce voile officieux.

TITE

Rien moins, le desespoir inspire son courage. Le dispense, menteur, à l'aueu d'vn outrage 55 Que ma dextre commit sur ce cors trépassé, Dessur vn aduersaire en l'Erebe passé.

ANTOINE. f372J

Ouy, mais qui l'étranger & ce mort mit ensemble, 58 Icy la vérité n'a rien qui se ressemble, Vérité qui iamais double face ne prend, Qui tousiours son oracle inuariable rend.

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