‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 4)Chapitre 158 sur 242 · SCENE III. t · texte numérisé non relu

SCENE III. t

COTYS, PHILAGNIE, PHRAARTE.

COTYS.

APpuy de mes vieux iours, ma fille, ma chère ame, Apren que la tristesse en ton âge se blâme,

Gc5 Apren que la vertu fuit les extrémitez,

D'vn milieu composant leur gestes limitez Résultent aux humains ses effets plus louables,

6(3 Ceux tenus à bon droit d'imprudence coupables, Qui font leurs actions à l'âge discorder, Qui laissent sans sujet les ennuis déborder

69 Où demande la ioye vne première place. En fin ta solitude a fort mauuaise grâce, Ton chagrin volontaire offense ton bon-heur,

72 La vierge à moindre pris conserue son honneur, Elle doit demeurer dedans la modestie.

Mais auec vne humeur a son grade assortie,

75 Gaye, délibérée, & qui ne semble pas Criminelle, trembler la fiéure du trépas :

Cela s'addresse à toy, trop honteuse, trop sombre,

78 Qui ta douce beauté retires troji à l'ombre, [390]

Qui te dois disposer à receuoir vn iour Quelque épous possédant cet empire à son tour.

PHILAGNIE.

gl Vôtre Majesté sçait qu'en la troupe infinie Du peuple des mortels chacun suit son génie, Et que le naturel bon ou mauuais tousiours

34 Tel que le flus d'vne eau reprend son premier cours, On ne l'étrange point, la force, l'artifice Ne retirent aucun de ce dous précipice:

87 Voila, Sire, pourquoy ma taciturnité Excusable se rend d'vne importunité, Hé Dieux! en ce regard ie veux mal à moy-même,

90 Réduite à n'espérer iusqu'â l'heure suprême Aucun amendement, si Ton doit amender Vne honte qui sçait au vice commander,

93 Vne inclination que ma béatitude

Propose à ne subir ce ioug de seruitude, Ce ioug du mariage à beaucoup onéreux,

96 A beaucoup en ce monde autre enfer malheureux: Puisse ma liberté dans la tombe me suyure, Puisse ma liberté sa carrière poursuiure

99 A l'abry paternel infiniment plus dous Que ne seroit celuy redouté d'vn épous.

Hardy. lY. U

212 PHRAARTE. v. 101— 40.

COTYS.

Ce scrupule conçeu ridicule t'abuse, 2 Ton heur laissant le cors après Tombre s'amuse, [391] L'amitié coniugale a toute autre saueur Que celle que te peut concéder ma faueur, 5 D'vn épous vertueux désormais possédée, Tu commandes au lieu que tu es commandée, Tu deuiens son penser, son ame, son désir, 8 Tu moissonnes des fruits d'vn solide plaisir, Ce dous contentement que Lucine féconde Donne à quiconque met de beaux enfans au monde, 11 A quiconque se void, autre Cibelle, auoir Dessur ces Dieux mortels vn absolu pouuoir: Ote toy du cerueau telle friuole crainte, 14 Le mariage n'a, non la moindre contrainte Qui gêne tes plaisirs plus libres deuenus, Et la nuit de la nopçe à leur plein paruenus.

17 Sire puis que mon sort maintenant me contente, De grâce quel besoin que plus outre ie tente,

COTYS.

Simple, tu ne dis pas que tel contentement 20 Au calme de l'état répugne apertement,

Que nos affections demeurent tributaires

D'vn public qui les doit éprouuer salutaires, 23 Ainsi ne sçaurois-tu sans crime entretenir

Ce fâcheux célibat, il n'y à que tenir;

Ainsi d'extraction au diadème née, 26 Tu ne peux de l'hymen fléchir la destinée.

Non pas qa'en ce sujet ie désire forcer [392]

Ta libre affection, mais plutôt l'auancer, 29 Mais plutôt es objets t'induire quelque enuie

De mener, moins saunage, vue plus douce vie,

De te rendre accessible aux discours familiers, 32 Qu'auec les Dames ont tous braues Caualiers: Vn d'étrange pays, la même galantise,

Pourroit appriuoiser tes mœurs en sa hantise, 35 Ah le voicy, ma fille, & son port martial

Se mêle auec vn air de visage royal,

Puisons dans le discours la vraye conjecture, 38 Tant de son naturel que de son auanture.

PHILAGNIE.

Ma curiosité se passeroit fort bien De sçauoir la dessus vne chose de rien.

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