SCENE IV
PHRAARTE, COTYS, PHILAGNIE.
PHRAARTE.
41 "YT'N caualier errant qui cherche où son épée y Puisse en quelque sujet de gloire être occupée, Sire, la vient offrir à vôtre Majesté, 44 Comme seul héritage en ce monde resté:
Corinthe au demeurant ville de ma naissance, Qu'aucune autre Cité ne surmonte en puissance, 47 Ma fortune voulut arrêter pour néant, Capital ennemy d'vn repos fainéant.
Né sous Faspect du Dieu que la Thrace reuere, 50 Chez qui la belle ardeur constante perseuere, De vouloir, hazardeux, mourir au lit d'honneur, La bornent mes desseins leur suprême bon-heur.
COTYS.
53 Tel offre ne sçauroit qu'obliger, magnanime, Quiconque des vertus fait tant soit peu d'estime. Ton labeur accepté semé vn terroiier fécond
56 Qui te rend, si tu veux, stable de vagabond. Et qui ne me rencontre en cet âge nouice A bien rémunérer les hommes de seruice,
59 L'épreuue mutuelle auec le tems fera [-^94]
Que l'vn de l'autre en fin content demeurera: Or ta gaillarde humeur selon la voix commune
62 Te donne en tel essay de nouuelle fortune
Ma fille d'entretien, afin que, sans mentir,
^ Tes discours familiers la puissent diuertir,
65 Luy purgent le cerueau d vne melancholie Qui ne prouient sinon d'enfance & de folie; Ta prudence au surplus sçaura trop compasser
68 Cet accez du respect, & ne l'outrepasser, Entreprendre au delà, sacrilège entreprise, Le foudre attireroit d'vne vengeance prise,
71 Ce qui n'auiendra pas, car ta discrétion Me tient lieu de soluable & seure caution.
PHRAARTE.
Sire, au cas qu'elle manque ou qu'elle neconserue 74 En ses sacrez honneurs vne chaste Minerue, Au cas qu'vne parole échappe seulement Où le désir paroisse atteint brutalement, 77 Où bronche le deuoir enuers sa beauté sainte, Où ma témérité donne sujet de plainte, Moy-même allumeray le funeste bûcher 80 Qui doit en mon exemple vn crinie retrancher,
214 PHEAARTE. v. 181—220.
Moy-même arracheray le cœur en ma poitrine, Où semblable penser aura pris l'origine, 83 Encore n'est-ce pas expier vn forfait Que l'horreur me figure impossible d'effet.
COTYS. L395]
Ta protestation du courage exprimée, 86 Ta vie des rayons de la gloire animée,
Nous asseurent assez, mais entrons au Palais Où tu as ta demeure acquise désormais.