SCENE V. t
PHILAGNIE, PHRAARTE.
PHILAGNIE.
QVe l'eau de tes faneurs, ô Reyne de Cythere, Au lieu de modérer vne soif, nous altère, L'épreuue me l'apprend depuis, helas ! depuis Qu'vn vaincœur de ma honte a dépouillé les fruits,
65 Qu'vn vaincœur à Pabry de l'ombre & du silence, A mon honneur a fait si douce violence, A, brigrand introduit, mais trop audacieux,
68 Rauy de mon trésor tout le plus précieux; Pauure fille depuis ta flame immodérée Croit au lieu d'obtenir l'allégeance espérée,
71 Tes yeux plus que iamais affament le désir, Tu ne sçaurois assez le voir à ton plaisir. Tu ne vis qu'en l'objet de sa céleste idée,
74 Tu n'es plus de toy-même a présent possédée, Etrange maladie, étrange que nourrit Son remède à l'instant que pris il la guérit.
77 Mais ainsi qu'à l'auare vne peur continue Du trésor ])Ossedé la ioye diminue, Voire excède souuent, iuste punition,
80 L'aise qu'il receura de sa fruition, [437]
Ne plus ne moins, chetiue, vne crainte mortelle Sur l'appréhension du futur me martelle,
83 Le Héros qui tousiours est en péril icy.
Me donne presque moins d'amour que de soucy. Car découuert qui peut répondre de sa vie?
86 Qui le garantiroit, ma chasteté rauie? Or que son géniteur ennemy dangereux, Remplît nôtre païs de larmes & de feux:
89 Adjoûte que le tien cruellement farouche, Installeroit plutôt vn tigre dans ta couche: Homicides pensers, de grâce, laissez moy,
9'^ Ah ! mon Soleil vous vient dissiper, ie 1g voy, Et vn air nuageux qui trouble son visage, Ma crainte redoublant, rien de bon ne présagée. PHRAARTE.
95 Princesse, promettez d'ouyr patiemment Chose qui mon amour d'apparence dément.
Qui mêuie sembleroit offençer mon courage,
98 Et faire à vos faneurs vn sacrilège outrage. Si l'esprit attentif ne goûte mes raisons, Qui tendent à vouloir éteindre les tisons 1 D'vne guerre funeste entre ceux allumée. Par qui nôtre amitié doit être confirmée: Mon entremise donc ose bien se fier 4 De pouuoir leurs discors dans peu pacifier,