‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 4)Chapitre 189 sur 242 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

PHRAARTE, CALISTENE.

PHRAARTE.

25 /^~\Nc amant ne souffrit de contrainte si dure, I f De cruauté pareille à celle que i'endure,

L'honneur, Tyran fâcheux, guerroyé mon amour,

246 PHRAARTE. v. 1428-72.

28 Loin de tenir promesse à Madame au retour, Mars dessous ma conduite à présent désespère, Conduite trop heureuse, vn Monarque son père

31 Vaincu, chassé, détruit, son Empire à l'enuers. Exemple de malheur étonne l'vniuers:

En ces extrémitez ta maîtresse confuse,

34 Ne peut qu'vn déloyal ores elle n'accuse, Ne peut que t'estimer ennemy capital, A son honneur ainsi qu'à son père fatal,

37 Pardonne ma déesse à la fureur des armes. Fureur que chaque iour ie détrempe de larmes, Mes lauriers ne me sont que funèbres cyprez,

40 Et vn suprême effort va conniuant exprez, Afin que le vaincu vienne a résipiscence, Que son humilité sauue ton innocence, [455]

43 Afin que l'honneur sauf, ie le puisse obliger, Ma belle cesse donc, cesse de t'affliger,

Mais pourquoy t'affliger? tu lis dedans mon ame,

46 Tu sçais qu'à ton sujet ie ne suis que de flame, ïu sçais que lupiter, tu serois ma lunon, Qu'en mon courage doit s'accroître ton renom.

49 0 friuoles pensers & de nul éficace

Chez ceux que la misère a réduis en sa place. Qui souffrent cependant, qu'au lieu de leur offrir

52 Vn secours nécessaire, on les laisse souffrir: Or qui plus me soucie & retient en ceruelle. C'est de n'auoir depuis sçeu la moindre nouuelle,

55 C'est de n'auoir depuis vn douloureux départ, Jamais rien entendu, ma Sainte, de ta part, Quoy qu'vn mien afidé pour ce sujet demeure:

58 L'œil me trompe ou ie croy le voir à la bonne heure, Luy-même le voicy, mais vn si sombre port M'augure, malheureux, quelque triste rapport.

CALISÏENE.

61 Funeste messager d'vn message effroyable,

Qui bien que veu me semble à moy-même incroyable. Apprenez, Monseigneur, que le Ciel rigoureux 64 Plonge en son Occident vn Soleil amoureux, Ou du moins la prison captiue sa lumière. PHRAARTE.

Tu dis donc ma maîtresse ou morte ou prisonnière, 67 Dépêche ne me tien sur la gêne étendu, [456]

En ce douteux reçit nullement attendu.

CALISTENE.

Outre que son amour impatient la presse, 70 Cette belle sentant venir vne grossesse Qui ne pouuoit celer (comble d'aduersité) Le naufrage souffert d'vne pudicité,

73 Les pleurs dessur la face après mille prières, Elle adjoùte, ce sont ses paroles dernières, Porte, mon grand amy, en ces lettres mon cœur,

7(1 A celuy qui desia le possède vaincœur,

Qui ne se souuient plus de sa dame oppressée, Et du gouffre d'ennuis auquel il l'a laissée;

79 Iiupetre diligent, auance son secours, Du costé des humains mon vnique ri'cours. Tel mandement receu, vn zèle qui m'emporte,

82 Me fait sortir la ville au fermer de la porte, Mais le malheur voulut que pensant esquiuer, Vne embuscade vient dessur moy se leuer,

85 Qui fouillé me saisit sa de'pèche surprise. Puis va douant le Roy triomfer de ma prise, Me remet en ses mains conuaincu, sans pouuoir

88 Nier ce que la lettre écritte faisoit voir.

PHRAARTE.

0 malheur des malheurs, ô funeste auanture, Poursuy ce que ie sçay desia par coniecture.

CALISTENE.

91 Le père furieux qui se croit affronté,

En l'hymen accomply outre sa volonté, [^^^7]

Qui sur l'indice pris des misères souffertes,

91 D'vn amas continu de pertes dessur pertes, Ne vous doit reputer que mortel ennemy, Heurle de desespoir & forçéne à demy,

97 Protestant tous les Dieux qu'vne mort rigoureuse Purgeroit le forfait de sa race amoureuse, Apres on me deuale en vn cachot profond,

00 Où l'horreur «S: la nuit leur demeurance font, Oii la mort au retour de la proche iournée Venoit honteusement finir ma destinée :

3 Mais vn mur creuaçé, ruineux, entr'ouuert. De mon œil éploré n'est si tôt. découuert, Qu'vn trauail assidu ne me trouue passage 6 Par le péril franchy en ma fuite plus sage, Si bien qu'en seureté deuers vous reconduit, L'ennemy désormais qu'vne ombre ne poursuit.

PHRAARTE.

9 A ce conte, l'éclat de pareille tempête Frappe, chère moitié, ton incoupable tête, Tu es seule victime au céleste courons, 12 Tu portes le péché d'vn déloyal épous, Ouy, ma paresse doit s'appeler perfidie, Qui t'a de ces malheurs toute la toile ourdie : 15 Mais stérile soûlas, asseure, asseure toy Que mon proche secours te prouuera ma foy,

248 PHRAARTE. v. 1517-56.

Qu'vn père t'ofTensant sa ruine conspire, 18 Qu'en ta perte il perdra sa vie & son Empire,

Sus, achemine donc tels desseins à Teffet, [458]

Vn chef-d'œuure de gloire acheuant, imparfait.

PAYSAN. PHILAGNIE.

PAYSAN

21 Bien que vôtre malheur me soit assez sensible, le ne puis m'obliger au delà du possible, Ma fille ie ne puis vous retirer icy,

24 Où m'allarme la peur, jilein d'angoisseux soucy, Où sous vn pauure toît ma remourante vie D'vn barbare ennemy ne vaut mieux que rauie,

27 Où les feux que la guerre aux enuirons épard, M'en présagent bien-tôt vne commune part, Délicate, d'ailleurs, cette caze champêtre

30 N'a dequoy vous loger, n'a dequoy vous repaître, Moins dequoy vous pouuoir secourir promtement, Si proche du trauail de cet enfantement,

33 Si proche de souffrir cette douleur amere. Qui pousse iusqu'au bord du cercueil vne mère.

PHILAGNIE.

Mon père n'exposez à l'éminente mort

36 Vne désespérée indigne de son sort, Vne qui quelque iour possible reconnue.

Vous fera fêtoyer son heureuse venue,

39 Qui n'aura pas tousiours les astres ennemis, Qui le couuert sans plus à sa couche permis, Supporte doucement tout ce que la fortune

42 Luy prépare chez vous de fatigue commune, [459]

Ne me refusez point éuitant vn remors Qui vous prendroit bien-tôt complice de deux mors.

PAYSAN

45 Ne sçay quel charme emprnint sur cette belle face, Mes appréhensions légitimes efface.

Entrons, ma femme aura le soin de vous traiter, 48 Et nourrice pourra le fruit même allaiter, Que dites si prochain de venir en lumière, De voir icy leuer son Aurore première, 51 Tandis ie tâcheray d'apprendre dessous-main, lusqu'où débordera ce déluge inhumain.

PHILAGNIE.

Mon hôte, dessur tout qu'homme viuantne sçache 54 Qu'en vôtre azile saint ma misère se cache. PAYSAN.

Ma langue aiméroit mieux se trancher, qu'imprudent Tel secret diuulgué, vous trahir, me perdant.

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