‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 4)Chapitre 190 sur 242 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

COTYS, DIOMEDE, CHOEVR DE THRACES, BORISTENE.

COTYS.

57 I \Esormais, immortels, vôtre haine assouuie,

I J Le sceptre ôté, n'a plus a m'ôter que la vie.

Insupportable vie entre mille trépas, 60 Qui conjoints aux malheurs me suyuent chaque pas, [461]

D'vn Empire fameux vne ville à grand peine,

Me reste où mes trauaux puissent reprendre haleine, 63 Où le vaincœur me tient à Textrême réduit,

D'où le vaincœur me tire en triomfe conduit,

Si ce bras indomté, ma dernière espérance,

66 Ne frustre son attente en pareille occurence :

Mais auant que subir ce destin résolu.

Ressentez-vous, amis, de mon honneur polu, 69 Faison sur l'assiégeant vne braue sortie.

Comme sur les veneurs la tigres.se inuestie,

Le courage croîtra dans la nécessité, 72 Remède souuerain de telle aduersité.

Cette équitable ardeur qui les vaincus emporte,

Ressuscite par fois leur espérance morte ; 75 Au pis receuons-nous en ce dernier effort

La gloire d'auoir sçeu bien venger nôtre mort.

DIOMEDE.

Sire, alors la vertu remarque vn grand courage, 78 Alors que sans céder au u)alheur qui l'outrage,

II supporte constant ses assauts continus. Et se renforce en ceux qu'il aura soutenus,

81 Et lasse la fortune en sa perseuerance.

Qui ne le trouue point dépourueu d'asseurance, Au contraire tousiours ferme Athlète debout,

84 Duquel sa cruauté ne peut venir à bout:

Mais si le desespoir dVne rage brutale [4:62]

Précipite le cours à son heure fatale,

87 Adonc est-ce vaincu mettre les armes bas;

250 PHRAARTE. v. 1588-1626.

De vouloir, au surplus, retenter les combats;

Sortir sur Penne ray, n'illustre que sa gloire, 90 Que plutôt ne luy donne vne entière victoire. Hé qui ne void d'ailleurs parmy l'aduersité,

Qu'vn reuolte muet se couue en la Cité; 93 Non muet, car desia ce peuple qui murmure,

S'attroupe déplorant sa misère future,

Déteste les auteurs d'vne calamité', 96 Qui le tiennent réduit à telle extrémité,

Même que chaque iour se coulent file à file

Au camp des assiégeans quelques-vns de la ville, 99 Non sans intelligence, & sans nous auertir

Que pour ne plus r'entrer nous n'auons qu'a sortir;

Que tenir ces lions resserrez en leurs cages, 2 Et à la defensiue obstiner nos courages,

Sont les principaux points d'vn salutaire auis,

Sont les sentiers plus seurs de prudence suyuis.

COTYS.

5 0 traîtres, ô ingrats, ô lâches, ô stupides. Plus de vous conseruer que de l'honneur cupides, Telle collusion manifeste entre vous, 8 N'échappe tôt ou tard le céleste courons ;

Méchans ne faites plus languir vn misérable. Le premier d'vn poignard me trauerse, exorable, 11 Car, vipères, que puis-ie entre ceux espérer, [463]

Qui veulent par les miens des fers se libérer. Qui n'épient sinon l'heure de me surprendre: 14 Mais placable victime ores ie me vay rendre, Pourueu que l'ennemy n'exige que ce chef.

CHOEVR.

Arme, arme, arme.

COTYS.

Ces cris présagent du méchef.

CHOEVR.

27 Armes, l'ennemy tient nôtre ville occupée, Passant tout par la flame & au fil de l'épée.

COTYS.

Allons mourir, amis, allons l'épée au poin 20 Faire ce que commande vn extrême besoin.

CHOEVR.

Ah, Sire, sauuez-vous, l'ennemy pêle-mêle Que deuance des dars vne orageuse grêle, 23 Dans la ville introduit ses bataillons entiers, Qui saisissent desia les plus proches quartiers. Sur vôtre Majesté fondant à l'impourueuë, 26 Message dont helas ! ie ne croy que ma veuë.

COTYS.

Me suyue qui voudra compagnon du trépas, Mille morts ne feront que ie reculle vn pas, 29 Le Monarque ne doit suruiure son Empire, Vne fin glorieuse est l'heur seul où i'aspire.

BORISTENE. [464]

Nous vnanimement desirons faire voir 32 Tout ce que permet plus vn fidelle deuoir.

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