‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 4)Chapitre 191 sur 242 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

PHRAARTE, TROVPE DE SOLDATS MACEDONIENS, COTYS.

PHRAARTE.

COurage compagnons, la ville possédée, Qui ne se vouloit plus d'vnTiran commande'e, ;i5 Oblige a s'abstenir d'excez & de butin,

Nôtre promesse icy doit passer en destin, L'enfraindre appelleroit la vengeance diuine,

88 Nous épargnons le nôtre empêchant sa ruine, loint que ie sçauray trop d'ailleurs recompenser Ce qui semble au soldat ses trauaux offenser:

41 Or la perfection requise à la victoire. Consiste à ne laisser, image de sa gloire, Ce vieillard obstiné, ce tygre au front humain

41 Fuir la punition d'vn seruage inhumain, En sa prise on obtient la pahue désirée. Sans elle nous n'auons de conquête asseurée,

47 Factieux, turbulent, aux écoutes tousiours, [465]

Il nous trauersera le reste de ses iours, Refusé des humains il trouuera sous terre

50 Dequoy ressusciter vne nouuelle guerre, Si nôtre diligence a ce coup ne l'atteint, Si dans vne prison son espoir ,ne s'éteint,

bô Grâce que ne mérite encore le perfide.

Sus, attrapon ce cerf que la parque intimide, Mais vif & sans souiller, fut-il plus déloyal,

56 Nôtre fer impiteux dedans vn sang royal, La captiuité soit la borne de sa peine;

Ah! nos vœux accomplis, le voicy qu'on ameine,

59 L'apparence, du moins, me le fait croire ainsi. Spectacle pitoyable au cœur plus endurcy.

TROVPE DE SOLDATS MACEDONIENS.

Selon le mandement de le garder en vie, 62 Et forçeans le dessein d'vne contraire enuie, Nous auons, Monseigneur, saisi ce malheureux, Parmy le desespoir sans doute valeureux.

252 PHRAARTE. v. 1665—1702.

65 Parmy le desespoir signalant vn courage, Outre ce que permet la foiblesse de l'âge: Toutesfois à la fin tels courageux effors

68 Ne Font peu dispenser de nos liens plus fors:

PHRAARTE.

Prince mal conseillé, ame double & traîtresse, Qui ta rage exerçeant sur ma chaste maîtresse,

71 Dessur ton propre sang refusas d'éprouuer [466]

Le secours que Ton peut chez vn gendre trouuer, Quelle excuse prendra ton crime irréparable?

74 Est-ce que tu me creus de rang incomparable ? Ou si tu la pensois pouuoir coupler ailleurs Au joug hymenean sous auspices meilleurs?

77 Nôtre amour vertueux connu, deuoit suffire, Barbare, à reprimer les boiiillons de ton ire, En me la conseruant tu gardois ton état,

80 Où la priuant du iour, parricide attentat. Tu ne peux espérer qu'vne prison cruelle. Que l'horreur d'vne nuit qui va perpétuelle

83 En ta honte couuerte éclore ce remors,

Aux méchans tes pareils pire que mille mors.

COTYS.

Ta menace ne peut pour la chose passée,

86 Empêcher que le cœur n'exprime sa pensée, Ma fille se donnant contre ma volonté Au fils dVn ennemy suborneur effronté,

89 En sa fuite couuerte éuade son supplice,

Autrinnent ne croy pas de l'opprobre complice, Qu'auec ces propres mains ie n'eusse à même tems,

92 De tel monstre étouffe, receu le passe-tems. Et enquoy plus le Ciel sa grâce me dénie, C'est qu'après moy du crime elle reste impunie

PHRAARTE.

95 Vne équitable peur n'a garde, sous ma main, De te faire auoiier l'acte trop inhumain.

COTYS. [467]

L'ignorance se met dans cette conjecture, 98 Selon la foy du Prince & celle de nature. Ayant dessur sa vie vn absolu pouuoir, M'excuser en cela n'est pas de mon deuoir.

PHRAARTE.

1 Fay la parêtre viue ou la confesse morte.

COTYS.

Viue ou non désormais la chose ne m'importe.

PHRAARTE

Plus que tu ne le crois, ce Soleil gracieux

4 Calmeroit mon courous d'vn rayon de ses yeux.

COTYS.

Reueu, n'étoutfer point ce monstre a l'heure même, Seroit de mes malheurs le malheur plus extrême.

PHRAARTE.

7 Tu ne la peux hayr qu'à mon occasion. Ainsi par conséquent qu'a ta contusion, Tigre dénaturé, bourreau de l'innocence,

10 Indigne de l'honneur que te fit sa naissance, Mais nous sçaurons, nuitin, ta rage modérer A force de liens, à force d'endurer,

13 Allez me le reclure en lieu qui m'en réponde, Dans l'effroyable nuit d'vne fosse profonde, Que d'autres cependant informent, curieux,

16 Ce qu'au vray de sa race a fait vn furieux.

Et nous allons remettre en son calme vue ville, [468] Qui volontairement ployé le col seruille,

19 La parole donnée aux pires ennemis.

Ne doit iamais manquer en ce qu'elle a promis.

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