‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 4)Chapitre 193 sur 242 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

PHRAARTE, CALISTENE, PHILAGNIE, PAYSAN, COTYS.

PHRAARTE.

85 n% /PAlheureux que ie suis, la fortune des armes JYl Fauorable ne sert qu'a prouoquer mes larmes,

Vn foudre a mes lauriers mortellement atteint,

88 Ma victoire l'honneur de l'vniuers éteint, Ma victoii-e du fruit de mon espoir me priue, De mon espoir qui plonge en l'oublieuse riue:

91 0 fidelle beauté pardonne à cet erreur, Pardonne a ce torrent de guerrière fureur, Qui m'emporta, contraint, qui me fit parricide,

94 Me fit en ton endroit sacrilège & perfide: Mais ne pourroy-ie point sçauoir la vérité Du cours de ce destin que in n'as meiité?

97 Afin qu'en l'Acheron, vaine ombre deualée. Mon idolâtre amour t'erige vn Mausolée, Mais plutôt vn autel, où les vœux épanchez,

00 Mon œil par chaque iour laueroit mes péchez. Où mon cruel ennuy t'immoleroit ma vie, Qui porte aux trépassez vue e'quitable enuie, [-^72]

3 Qui sans toy de ce cors fait à l'ame vn tombeau, N'ayant plus rien icy d'agréable & de beau. CALISTENE.

L'enquête là dessus exacte faite au père, 6 Ne permet, Monseigneur, qu'encor on désespère, Elle vit de sa part, les domestiques tous Affirment qu'vne fuite esquiua son courons, 9 Qu'il ne pût l'attraper de bonne heure auertie. Et l'ire du félon nommément diuertie Par l'auis receu lors que nôtre camp vaincœur

12 Le venoit inuestir, ja prosterné de cœur:

Si que tel malheur git en la route ignorée. Que sans conduite prît vne dame éplorée;

15 Mais le tems délateur nous la peut reueler, Et au bruit glorieux de vos faits appeler Vne pudique amante : ainsi void-on légères

18 Aux ruches retourner les mouches ménagères, Quand le son de l'airain donne à coups redoublez Vn signal de retraite à leurs scadrons allez.

256 PHRAARTE. v. 1821—62.

PHRAARTE.

21 Puis que le père n'a mis les mains dessur elle, le luy veux relâcher ya prison trop cruelle, Le remettre en espoir, adoucir la douleur

24 Incomparable aux Rois qu'opprime son malheur; La clémence a tousiours possédé mon courage, Ennemy de l'excez d'vn insolent outrage:

27 Quelqu'vn qui ne luy soit odieux ne suspect, [473] Me le face venir obseruant ce respect, Ses discours mieux qu'aucuns, tirez en conjecture,

30 De ma Sainte pourront découurir l'auanture : Remède toutesfois inutile tenté, Cloton m'a pour iamais ce Soleil absenté,

33 Ce beau cors délicat, sans espoir, sans conduite, N'aura peu subsister aux trauaux d'vne fuite, Encore surchargé du fardeau précieux:

3(3 Mais que veut ce spectacle introduit a nos yeux? Vn pauure paysan nous vient, chose importune, Faire sa plainte icy dessur quelque infortune. PAYSAN.

39 Monseigneur, i'amenoy cette fille vers vous, Auec intention d'embrasser vos genous.

PHRAARTE.

Tantôt, reuien tantôt, autre affaire me presse. PHILAGNIE.

42 0 rebut inhumain, ame ingrate & traîtresse,

Philagnie au besoin tu ne reconnois plus,

Ses hommages te sont désormais superflus, 45 Sa couronne vsurpée en oubly te l'a mise,

Pauure Princesse helas! où sera ta franchise?

PHRAARTE.

Amys, le triste accent d'vne rustique voix, 48 D'vne femme que tient sa douleur aux abois.

Certain soupçon me forme en l'ame épouuantée,

Faites, faites la moy reuenir, arrêtée, 51 Car me semblant ce nom de Philagnie auoir [474]

Eutr'ouy murmurer, plus prez ie la veux voir:

0 prodige agréable, ô céleste merueille, 54 Mon letargique esprit d'vn somme se reueille,

La voila que les pleurs offusquent, me iugeant

En ce farouche accueil sa constance outrageant, 57 La voila qui me tend ce gage d'hymenée,

Cette première fleur à ma couche donnée,

0 ma Reine, ô mon ame, ô ma vie, ô mon tout, 60 Nous sommes de nos maux en fin venus a bout,

Le Ciel nous réunit iusqu'à la sépulture.

Le Ciel de tes ennuis te va payer l'vsure.

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