‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 4)Chapitre 194 sur 242 · V. 1863-1906. TRAGI-COMEDIE · texte numérisé non relu

V. 1863-1906. TRAGI-COMEDIE

63 Tes hiuers connertis en vn stable printems, Tes trauaux couronnez & tes désirs contens, Ne pense, mon soucy, mon vnique pensée,

Q6 Qu'à noyer dans ton heur la tristesse passée, Et pendue à ma léure vn mi lion de fois, Montre ne m'aimer moins que iadis tu m'aimois.

PHILAGNIE.

G9 0 Prince valeureux mon espoir & ma gloire,

Mes malheurs sur le sort n'obtiennent la victoire.

Tant qu vn père captif selon le commun bruit, 72 Gémira sous les fers son Empire détruit,

Liberez-le & adonc Philagnie s'estime

loiiir du droit d'épouse à titre légitime, 75 Adonc elle croira que limon dans les Cieux

Ne sçauroit voir son heur que d'vn œil enuieux.

PHRAARTE. [475]

Quelque inspiration de ta chère venue,

78 Ta requête pieuse a d'effet préuenuë,

Nous y auons pourueu, qu'ainsi ne soit, voicy Que pris d'étonnement on nous l'ameine icy.

81 Vn miracle diuin qui recouure ma perte, Qui me ferme la trappe au désespoir ouuerte, Qui purge mon amour de l'antique soupçon,

84 Grand Monarque, vous sert de capable rançon, Cette beauté cachée vn long siècle à ma veuë, Cette chaste beauté de charmes si pourueuë,

87 M'oblige à vous remettre vn sceptre dans les mains, Et contre le pouuoir du reste des humams, Luy maintenir la foy mutuelle promise

90 D'vn mariage saint qui passe sans remise A l'effet solemnel requis en ce lien.

Sire, elle me suffit ie ne veux autre bien,

93 Régnez, viuez heureux, ce trésor me contente, Et mon ambition dauantage ne tente, Certain que n'ayant plus dequoy vous déner,

96 Vous voudrez tel accord, fléchy, ratifier.

COTYS.

Celuy que reuomit vn gouffre à l'heure même Que chacun le déplore en ce péril extrême, 99 Par miracle recous, ne s'étonne pas tant. Incrédule à ses yeux de son salut restant. Que moy surpris, confus en pareille occurrence, 2 Où chez le desespoir me renaît l'espérance, Où ma raison se perd aueugle a rechercher [476]

Qui peut tout a la fois tant de biens épancher: 5 Renoir ma fille encor que i'estimoy perdue, Venir comme du Ciel à propos descendue,

258 PHRAARTE. v. 1907— 44.

Mettre son géniteur en pleine liberté, 8 Luy rendre à même tems l'Empire & la clairté,

Vn mortel ennemy de compagne la prendre,

Deuenir mon support, mon azile, mon gendre, 11 0 Prince magnanime, à cette heure dois-tu

A ta clémence plus qu'à ta forte vertu,

L'vne asseruit mon cors & l'autre mon courage : 14 Or sied mieux le repos que le sceptre à mon âge,

Sceptre d'or'enauant remis entre tes mains,

Afin que libéré de soucis inhumains, 17 Vautours perpétuels qui déchirent nos âmes,

Accourcissent le fil de nos caduques trames,

le procure à mes iours vne tranquilité, 20 Tousiours stable, tousiours de même qualité; Ta prudence vieillie aux affaires du monde,

Ton heureuse valeur qui n'a point de seconde, 23 T'appellent à régir l'Empire Thracien,

Et le restituer à son lustre ancien.

PHRAARTE.

One la présomption ne me fera, coupable,

26 Accepter ce qu'vn autre exerce plus capable, Tant plus le vieil pilote aura couru les flots, Plus il a de crédit entre ses matelots :

29 Qui d'ailleurs ne sçait pas chaque gent inclinée,

Vers son Roy naturel par quelque destinée, [477]

Et que son rude mors luy semblera plus dous,

32 Plus que d'vn étranger bien qu'équitable à tous, Le deuoir seulement désormais me dispose A faire qu'vn Monarque asseuré se repose

35 Dessur telle alliance, & n'appréhende plus De l'instable fortune outrage ne reflus:

Mais allons aux autels, en humbles sacrifices

38 Remercier les Dieux de pareils bénéfices, Allons iurer ensemble vne ferme amitié.

Qui ne repare point nos pertes à moitié,

41 Qui rameine Themis sous l'enseigne d'Astrée, Faire plus que iamais fleurir cette contrée, Et deux peuples voisins vnisse tellement,

44 Que le passé ne semble auenu seulement.

LE t479]

TRIOMFE D'AMOYR,

PASTORALLE.

Par ALEXANDRE HARDY, Parisien.

ARGVMENT. [480]

ATys & Cephée ieunes bergers reconnus dans l'Arcadie pour les plus accomplis de leurs 3 temps, égaux en perfections & sans autre

auantage Tvn sur l'autre, sinon que Cephée est le plus mal partagé des biens de fortune, deuien- 6 nent corriuaux en l'amour qu'ils portent à Clytie fille de Phsedime, bergère aussi chaste que belle, mais partisane de Taôection de Cephée, auquel 9 son compétiteur oppose la volonté du père, la demandant & obtenant à femme, Clytie immuable de foy vers son cher Cephée luy donne auis de

12 Tenleuer pour vne consommation de mariage clandestin : mais son secret préuenu de certain Satyre idolâtre de cette nymphe la fait donner dans son

15 embuscade, de sorte qu'enleuée par deux Satyres, celuy qui prê-[481]toit escorte à l'amoureux la rauit & cache en vn désert, pendant que l'autre

18 demeure prisonnier de Cephée accouru au secours de sa maîtresse, qui finalement la recoût de ce péril, & selon la loy des Arcades qui adiugeoit

21 les nymphes garanties du naufrage de l'honneur aux libérateurs, vient presser le père sur l'eifet de ce priuilége, l'auarice du vieillard s'y oppo-

24 sant, on a recours à l'oracle de Pan qui se trouue en personne à composer ce différent, & adiuge la Vierge, contre sa volonté, au Pasteur Atys, sen-

27 tence de laquelle Cei»hée lezé, appelle deuant Cupidon qui suruient à môme tenips, annuUe l'arrêt de Pan, mariant Cephée auec sa Clitie,

30 & Atys à la belle Melice qu'il auoit auparauant déda[i]gnée quoy qu'elle disputât le pris de la beauté auec toutes ses compagnes, c'est le som-

33 maire de ce riche sujet.

Hardy IV. 17

260 LE TRIOMFE D'AMOVR. v. 1—21.

LES AGTEVRS. [482]

ATYS. MELICE.

CEPllÉE. PISANDRE.

CLITIE. PHILIRE.

^GINE. MONTAN.

PH.EDTME. PAN.

PREMIER SATYRE. CVPIDON.

SECOND SATYRE

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